10.02.2010
Belarus - 29 novembre 2008
J’ai l’impression qu’en Bélarus, nous sommes entrés dans le monde où les choses ne fonctionnent pas, le monde bizarre, économiquement, politiquement. J’ai l’impression que nous en sortirons demain, lorsque nous passerons la frontière malaise, retrouvant un univers multiculturel, capitaliste et développe de l’autre côté. Nous attendons le train dans la gare de Chumphon. Des gens dorment allongés, pieds nus sur des bancs ; derrière, une voix crie des choses incompréhensibles à la télévision, très fort, sous une tente, et des gens, sur des chaises en plastique, écoutent. Nous avons vu des dizaines d’images du roi, lors du court chemin depuis le restaurant jusqu’à la gare : au mur des maisons, dans les bus et les magasins, sur des couvertures de livres, des calendriers, des agendas, devant la gare, même, avec une sorte d’autel devant elle, et sur la sorte d’arche en doré qui marque l’entrée dans la ville. Peut-être, sans doute, est-ce à cause des troubles politiques actuels que cet homme crie dans la télévision. Mais cela fait partie du lot, la corruption, le manque de transparence, les politiques personnelles. Et je suis impatient de retourner dans un Etat de droit, démocratique – ce ne sera pas tout à fait le cas en Malaisie, mais c’est un premier pas de développement vers un système moins opaque, moins étranger. Nous avons traversé le monde ex-communiste et l’Asie ; nous entrons demain dans les ex-colonies britanniques, multiculturelles, commerçantes, et maritimes ; avec bonheur.
Nous y serons accueilli par des chinois, qui possèdent au moins l’éthique du travail – et, corollaire, savent se reposer. Non pas qu’à la gare de Chumphon, cinq ou six employés regardent passivement la télévision, puis sortent vaguement sur le quai, braquant une torche ici et là ; des jeunes et des familles sont assis sur le quai depuis des heures, sans but précis, traînant parfois languissamment leurs tongs, puis se rasseyant. Ces gens là ne dorment ni ne rient, mais se traînent, bêtement oisifs. Les trains ne sont pas à l’heure, l’air pue, la gare est sale, et tout le monde affiche l’impassible apathique sourire des siamois. Ce qui me rend la chose insupportable, c’est une forme subtile de la langue de bois. Des horaires sont affichés, mais ne sont pas respectés ; des hommes en uniforme sont présents, mais ne contrôlent pas ; la femme au guichet « information » donne des informations fausses. De sorte que tout, dans l’environnement, se couvre d’un voile de fausseté, de mensonge, d’illusion. Serait-ce alors le point central des libertés démocratiques, chrétiennes, cette injonction du Christ, ne pas jurer, mais que ton oui soit oui, que ton non soit non ; que ta parole ne soit pas trompeuse ; et que défie la politesse asiatique ?
02:50 Publié dans Belarus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : développement, multiculturalisme, paresse, désordre, vague, oisiveté, saleté, apathie, onirisme, illusion
09.02.2010
Indonésie - 28 novembre 2008
Deux éléments pour comprendre le commerce : les taxes et l’argent. Qu’il faut payer au souverain tant et tant chaque fois que l’on achète ou qu’on vend quelque chose et que l’économie n’est pas du troc, mais qu’un symbole – papier, métal, ou signes électroniques magiquement échangés – permet la transaction. Nous sommes à Prachuap Kiri Khan, bizarrement en manque de fonds. Nous avons dollars et carte visa, mais presque plus de Bahts. Et les banques sont fermées le samedi matin. Mais nous sommes suffisamment confiants pour espérer qu’à Chumphon, ou nous nous arrêtons dans l’après-midi, nous pourrons changer. Sans quoi nous mangerons des bananes jusqu’en Malaisie.
02:49 Publié dans Indonésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : taxe, argent, économie, symbole, échanges
Singapour - 28 novembre 2008
Réflexions sur le commerce : il faut compter avec la marée des appétits, le retour cyclique de la faim, qui s’étend de la nourriture aux autres marchandises, ainsi que la corruption des produits, nourriture qui défraîchit, vêtements qui se démodent. Il faut donc, pour être bon commerçant, savoir gérer ces flux ; c’est le même genre de talent que celui de contrôleur des digues.
02:48 Publié dans Singapour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : commerce, appétit, nourriture, corruption, mode, flux
08.02.2010
Malaisie - 28 novembre 2008
Echangés plusieurs emails avec Ben, chinois malais qui doit nous héberger à Bukit Mertajam, non loin de Georgetown, Penang. Flirt gay, plutôt agréable, mais surtout, l’impression de parler à nouveau avec quelqu’un dont les perspectives sont comparables aux miennes : voyages envisageables, humour, travail, et le fait qu’il trouve normal d’appeler la gare avant notre arrivée pour s’assurer que le train n’a pas de retard. Nous retournons avec bonheur dans les pays développés.
De la Thaïlande, que nous quittons demain, j’ai découverte quel est l’aspect qui m’ennuie le plus : une tolérance de la paresse oisive sous prétexte de spiritualité. L’inverse de l’éthique protestante, et ce que viennent y chercher, peut-être, les troupes chevelues à pantalons bouffants qui voient dans ce pays leur patrie spirituelle. Des moines en robes orange sillonnent les villes, une écuelle à la main, pieds nus, légèrement sales. Il faut les nourrir, ils sont sacrés ; leur donner de la nourriture, c’est acquérir du mérite, c’est améliorer son karma. Cette classe oisive survit grâce à la superstition des habitants ; beaucoup d’entre eux sont idiots ; ils n’ont pas pour fonction d’organiser la société, d’étudier, ou de soutenir les plus faibles. En renonçant aux richesses, aux chaussures, aux cheveux, ces hommes – car les femmes ne peuvent pas se raser la tête et prendre la robe orange – gagnent respect, logement et nourriture. Dans une certaine mesure, je peux admettre que cela corresponde à quelque mystérieux équilibre au niveau local. Mais cette oisiveté du moine mendiant, je crois que les hippies d’Asie du Sud-Est veulent en profiter, en l’important dans leur pays d’origine. Qu’ils revendiquent parce qu’ils ont des dreadlocks et des chiens, quelque position spirituelle au sein de la société ; qu’ils méritent, sans contrepartie, de bénéficier des systèmes d’assurance collectifs des pays riches, et qu’on devrait même leur assurer des revenus fixes – au moins la nourriture, les transports et le logement, plus deux allers-retours pour la Thaïlande en hiver. Car ils sont en contact avec un univers spirituel supérieur, qu’ils font à la société ce don sans prix de la contemplation pure et, pour parler comme L’Oréal, parce qu’ils le valent bien.
J’espère trouver tout autre chose en Malaisie, mais c’est peut-être parce que j’en connais surtout les chinois. Qui sait si je n’y croiserai pas d’imams ou de frères musulmans tout aussi revendicatifs, et moins pacifiques.
02:46 Publié dans Malaisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : flirt, gay, humour, développement, paresse, mendiants, karma, superstition, hippie, spiritualité
07.02.2010
Thaïlande - 28 novembre 2008
A Prachuap Khiri Kan, nous marchons le long du parc où la fête se prépare : des hommes arrangent des nappes roses sur les tables en bois et déplacent des piles de chaises. Un vieil homme en débardeur jaune arrête sa moto près d’une femme qui pousse un chariot de balais, pour en acheter un. Le vent souffle et, derrière eux, les vagues viennent se briser sur le parapet de la promenade.
Nous escaladons ensuite la colline au nord de la ville, surmontée d’un wat, et colonisée par les singes. Impression d’être dans un film sur la fin du monde, les animaux nous observent, ils sont inquiétants, leurs petites mains ressemblent à des mains humaines, et leurs visages sont expressifs. Un panneau prévient les touristes en bas des escaliers qu’ils attaquent s’ils sentent de la nourriture. Nous montons, inquiets, vers le temple, surtout lorsqu’un singe, les oreilles pointues comme un elfe, nous suit. Bizarrement, les animaux ne franchissent pas la porte entrouverte du sanctuaire. Mais cette fois, nous sommes confrontés aux éléments – le vent surtout, qui souffle épouvantablement. Nous voyons d’un côté la mer agitée, couverte de barques arrêtées dans l’abri des Kohs, de l’autre côté, les étangs de conchyliculture ; c’est de là que la ville tire sa richesse, et non du tourisme ; au sud, la seule belle plage à proximité sert de terrain d’aviation, de l’autre côté, la petite baie tranquille héberge un village de pêcheurs ; et les rues ne sont pas envahies d’occidentaux en quête d’eux-mêmes et de bière.
Philip avait un jour caractérisé la culture thaïe comme « the negation of shit ». Cela se vérifie du moins quand on observe la façon dont sont organisées les toilettes publiques : rares, payantes, et peu pratiques. Ainsi, dans les food courts des grands magasins de Bangkok, il n’y en avait généralement pas, il fallait marcher, marcher – à l’aveuglette, car elles sont aussi mal indiquées – jusqu’au recoin secret, près de l’issue de secours, après deux coudes de couloir à 90 degrés. Là, derrière un piédestal, se tient une femme qui demande entre deux et cinq Bahts. Même les restaurants n’offrent pas toujours des toilettes gratuites, et vous font aller dans des recoins de garages, par d’étranges détours. Autre bizarrerie, les toilettes traditionnelles sont comme les turques ou les chinoises, dépourvues de siège ; mais elles sont surélevées, de sorte qu’on est accroupi sur une espèce de plate-forme étroite, en équilibre précaire, essayant, sans offenser la culture locale et sans pointer les pieds vers le bouddha, de ne pas manquer le trou, car ce serait une faute grave, et qu’on ne saurait comment compenser.
Au bout de la baie, nous découvrons une flottille de bateaux verts et bleus, flanqués de drapeaux colorés en gerbes, rose et noir, orange et blanc, rouges, tricolores. Nous enjambons les cordes qui les retiennent au sable et qui, suivant le rythme des vagues, montent et descendent. Une femme qui passe à moto se repeigne tout en roulant. Dans le village de pêcheurs, tous les restaurants sont soit fermés par des toiles, soit gardés par des chiens qui nous aboient dessus quand nous approchons – malgré le signe de bienvenue d’une femme face à la mer, nous repartons, légèrement inquiets des autres ou cinq chiens pelés, potentiellement enragés, qui nous montrent les dents. Pas plus de chance au marché : soupe de riz blanche, currys douteux, nous achetons quatre bâtons de poulet grillé, qui se révèle gélatineux et froid. Je ne finis pas le premier. Puis, slalomant entre les canines et les aboiements, nous nous installons dans un grand restaurant terrasse en bord de route, à la sortie du village. On nous y sert, outre un grand poisson frit couvert d’ail et d’échalotes frites, une bizarre créature marine, sorte de sous-marin préhistorique avec une longue queue pointue, dont la tête circulaire, ouverte pour nous, contient une multitude de petits œufs couleur safran, de la taille d’un grain de poivre, et qu’on nous sert avec une sorte de salade pimentée. Le tout nous revient à 440 bahts, soit un peu moins de dix euros.
Nous dînons dans un restaurant face à la mer que nous avions repéré le premier jour. Terrasse ouverte, tables en pierre blanche, la moitié des clients sont occidentaux. Crevettes coco pimentées, calamar au grill : crevettes et calamar sentent vraiment le poisson, c’est la première fois qu’aussi nettement je comprends ce qu’on entend par « qualité du produit ». La serveuse est un transsexuel exubérant dans le maquillage, mais légèrement acide dans l’attitude. Il flirte ensuite avec deux vieux anglophones, pratiquant son anglais, tandis qu’un chat se frotte à ma jambe.
En marchant vers la place où se tient la grande fête de l’école, nous passons au milieu d’un groupe d’adolescents, motos contre la balustrade et musique rock-pop qui fait boum. Ils nous saluent d’un « hey » sympathique. Au bord des vagues, je vois un homme penché vers le sable, une lampe torche à la main. Philip m’explique « he’s looking for bent worms, we do that a lot in Australia. » Puis passent deux adolescents, débardeur jaune et débardeur vert, que nous avons déjà vu passer plusieurs fois ; mignons, je me figure qu’ils sont ensemble. Ils s’assoient tous les deux sur le parapet, puis débardeur vert sort d’un sac en plastique une sorte de brioche à la farine de riz chinoise, et la tend à son ami, puis prend la sienne, et tous deux mangent au même rythme, épaule contre épaule – et le bruit de la mer derrière eux.
Sur l’estrade en échafaudage, trente deux enfants dansent deux par deux ; dansent, plutôt, forment des sortes de figures, puis se dandinent d’une jambe sur l’autre au rythme d’une musique lente à trois temps. Les filles, maquillées comme des adultes et couronnées d’un diadème en brillants, portent des robes de bal orange ; les petits garçons des smokings blancs, colorés d’une ceinture et d’un nœud papillon rouge en satin.
Puis sur la scène apparaissent les maîtres de cérémonie – les instituteurs peut-être – une trentenaire un peu ronde en robe longue à volants roses et, sur sa gauche, un trentenaire en costume bleu marine, chemise et pochette assortis à la robe de sa partenaire. Devant eux volette une énorme sauterelle et, devant la scène, vont et viennent impatients d’autres enfants en costume, garçons le cou ceint d’un collier d’orchidées violettes, et filles coiffées d’un grand plumeau rose et blanc. Puis d’autres couples d’enfants montent sur scène, en costume de bal, comme les précédents, mais les filles en jaune cette fois, les garçons sans veste de costume, et la ceinture, comme le nœud papillon, bleu turquoise, les paupières ombrées de la même couleur. Ils font une chorégraphie plus élaborée, bras qui se lèvent et se baissent, tour sur soi-même, et j’attrape la main de la partenaire avant de tourner avec elle. Deux tiers des enfants font du playback sur le slow sucré qui les accompagne ; la plupart s’arrêtent lorsqu’il faut coordonner plusieurs mouvements.
Nous entendons de la musique dans la rue sur le chemin du retour, voyons un bar en plein air où deux jeunes chantent et jouent de la guitare. Les cinq ou six jeunes qui tiennent le bar sont tous excités de nous voir là – nous sommes les seuls clients. Le chanteur, intense et concentré, pousse une romance sur fond de bonbon, l’ambiance bon-enfant me réconcilie dans une certaine mesure avec la Thaïlande. Mais la succession des scènes et des ambiances de la journée relève toujours du même surréalisme onirique, modalité dominante de la vie thaïe.
02:45 Publié dans Thailande | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête, singes, nourriture, tourisme, vent, pêche, toilettes, dissimulation, chien, marché
06.02.2010
Japon - 28 novembre 2008
Au Japon, j'avais été surpris (choqué) de voir en vente à côté des mangas pornographiques des DVDs de très jeunes adolescentes en soutien gorge ou maillot de bain qui prenaient des pauses aguichantes. Mais j'observe maintenant, sur l'estrade montée dans le parc en face de l'école à Prachuap Kiri Kan, le corollaire de cette perversion. Petits garçons et petites filles, habillés en costume de bal et maquillés comme des adultes excessifs, dansent en couple au son d'une musique douce. Un des mouvements de la chorégraphie voit les filles poser leur tête contre l'épaule de leur partenaire. Les parents qui regardent la scène poussent un grand « ah » collectif alors, excités peut-être par cette image de sensualité prépubère. Quant aux enfants, les filles adoptent des airs de pimbèches, ou de princesses, les garçons se prennent au sérieux comme elles et, sur la droite, une petite brune aux cheveux bouclés se déhanche, un peu trop raide pour être sensuelle, en un mouvement qui ferait, sans doute, monter le désir de tous les pédophiles.
02:44 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : perversion, pédophile, chorégraphie, sensualité, maquillage, adultes, spectacle


