30.06.2009
Russie - 2 septembre 2008
Adolescent, j’ai souvenir d’avoir voulu faire du russe. En 5e, un jour, le professeur de russe du Collège Kleiber est venu dans notre classe de français et nous parlait du russe. Bon investissement, très bien sur un CV, ça fait la différence, etc. Je voulais faire du russe LV2, mais mes parents voulaient que j’apprenne l’allemand ; j’étais en Alsace, etc. Moi, je pensais à cette famille russe dont parlait mon père au Grau du Roi, je pensais à la musique, aux violons tsiganes, j’avais une image romantique, exaltée, de la Russie. Mais pas suffisamment passionée pour l’imposer à mes parents.
J’ai cependant, chez moi, fait du russe. En prépa, je crois, par assimil. Puis à l’ENS, première chose, m’inscrire au cours de russe. J’en parlais alors à Marie – dont je découvrais qu’elle était juive russe – je participais au club international avec Micha, et je m’inscris aux cours de Viktor K..
Dans ces cours de russe, j’ai connu Florian et Joris. Idiot, je n’ai pas gardé contact, alors que j’avais sympathisé… je ne me rendais pas compte que Florian, non seulement pouvait, éventuellement, sortir avec moi, mais surtout qu’il était au Conservatoire de Paris, un futur acteur pro ; que Joris allait devenir un auteur vaguement célèbre, important sur la scène théâtrale parisienne. Florian voulait partir en Russie, pour faire une formation théâtrale – les meilleurs du monde, selon lui. Joris faisait des traductions, et suiviait, en plus du russe, les cours d’italien de Piero, où j’allais aussi.
Mais après trois mois, j’ai laissé tomber. Parce que j’écrivais Les Sirènes et quelques poèmes, que j’étais profondément dans mes névroses, et n’avais pas l’énergie suffisante. Mais aussi parce que j’avais été déçu par Viktor. Pas qu’il fût mauvais professeur (je ne suis pas convaincu par la répétition d’ « eta stol » ou d’ « eta okno », mais enfin, c’était comique). Non, plutôt, c’est le jour où nous avons récité ce poème communiste, « Le matin, je me lève avant qu’il fasse jour, je prends une douche froide en chantant des chants révolutionnaires, puis je pars au travail, animé par l’amour de la patrie. » J’espérais en fait rencontrer la Russie mythique, éternelle, orthodoxe – et je voyais la Russie communiste.
Après cet échec russe, je suis passé par l’orthodoxie : rencontré d’une Roumaine qui faisait une thèse sur la poésie contemporaine française, et m’emmena prendre part au service du père E., en banlieue sud. Innocent, je pris la Communion. Plus tard, chez lui, lors du repas auquel il nous avait conviés, le père m’expliqua qu’on restait à jeun le dimanche matin, dans la tradition orthodoxe, et qu’il n’aurait pas dû me faire communier. Je fus immensément embarrassé, et fus quelques temps avant de retourner à l’église. Jamais plus dans un service orthodoxe russe – j’allais à St Julien, chez le Melkites, quelquefois.
Je lis en ce moment le Roman de la Russie insolite, de Vladimir Fédorovski, espèce de roman/essai historique réactionnaire. Il est question, sans cesse, de l’âme russe, de l’invisible, et de la spiritualité orthodoxe. On n’en dit cependant pas grand chose. Il parle uniquement du goût du secret, du mystère, de l’invisible, et répète « âme russe, éternelle Russie ». Pas de pitié pour l’héritage rouge. De Staline, il rappelle son passage au séminaire et, longuement, présente ce qu’il décrit comme son caractère « chamanique ».
Si l’on suit Murray, qui voit l’occultisme et le socialisme comme les deux facettes d’un même phénomène, on peut sans doute adhérer à ces propos. Si ce n’est que Fédorovski confond tout. Car, précisément, l’occultisme n’est pas chrétien, pas plus que le chamanisme. Et si la « Russie éternelle » est orthodoxe, elle n’est pas en même temps chamaniste. A moins que les mots « Russie éternelle » ou « l’âme russe » ne veuillent rien dire. Ce qui sans doute est l’idée la plus raisonnable.
06:24 Publié dans Russie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : romantisme, communisme, folklore, relation, religion, occultisme
29.06.2009
Belarus - 2 septembre 2008
Dans la cathédrale Notre-Dame de Dijon, musique religieuse. En entrant, Philip fait la moue. Je vois, sur un panneau latéral, que la musique diffusée est chantée par les sœurs du monastère Ste Elisabeth de Minsk (Belarus). On ajoute même un email de contact : monaster-nov@yandex.ru. On lit à côté l’histoire tragique de la Grande Duchesse Elisabeth, issue de la famille Hesse-Darmstadt, épouse du Grand Duc Serge de Russie. Un terroriste tue son mari d’une bombe. Elle en rassemble les morceaux, puis rend visite au terroriste en prison, lui pardonne, et se retire. Elle fonde un sanctuaire dont elle est mère supérieure. Les bolcheviks l’arrêtent en 1918, et la jettent vivante dans un puit. Bien sûr, on a retrouvé ses reliques intactes, avant de la canoniser. Tensions politiques : religieux contre communistes. A moins, comme le veulent certaines interprétations, qu’on n’interprète les mouvements communistes et bolcheviks comme religieux (irrationnels, etc.), et qu’il n’y ait donc, plutôt, guerre des religions.
06:22 Publié dans Belarus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, saint, musique
Pologne - 2 septembre 2008
Il semblerait qu’au 19e siècle, on ait exilé des aristocrates polonais vers Irkoutsk, et qu’ils soient restés sur place. Diaspora méconnue.
06:20 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : diaspora, exil
28.06.2009
France - 2 septembre
Dijon : je suis en France, mais aussi dans la capitale possible de mon royaule imaginaire, la Lotharingie, bande intermédiaire entre la France, l'Allemagne et l'Italie. Je rentre dans la cathédrale « I love it », puis j'ajoute « plump ». Opulence des formes arrondies, des couleurs aussi, le choeur est légèrement jaune. Je me tourne vers l'immense jeu d'orgues baroque, et les angelots sur nuage au dessus de la porte. A droite, un tombeau de marbre rose, avec la statue d'un duc de Bourgogne et, sur le coté, la statue métallique d'une femme éplorée tenant des roses à la main, qui s'effondre sur le tombeau. Plus au fond, c'est un ange à l'horizontale qui tient la chaine du baptistère et, de l'autre côté, la tombe de JB Lecoux de la Berchue est appuyée sur des pattes de lion.
Baroque, donc, pas l'austère symétrie de Versailles, ou la griseur parisienne. En arrivant en train, j'étais émerveillé par le paysage de collines verdoyantes, le même qu'en Lorraine, ou qu'en Sarre, qu'au Luxebourg ou qu'au Piémont. Le baroque de l'église évoque la Belgique, et les gens d'ici, comme les belges ou les suisses, parlent un français bizarre, qui sonne comique et qu'on entend peu. Leurs corps sont expressifs, avec des gestes un peu trop brusques et trop marqués.
Y aurait-il, encore, dans l'inconscient français, quelque chose comme un rejet de la Bourgogne ? Après tout, la France a gagné des guerres sur eux. Faudrait-il reconstruire une mémoire alternative, de cette France de l'est, opulente et baroque ?
06:19 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lotharingie, mémoire, histoire, baroque, comique
27.06.2009
Cambodge - 1 septembre 2008
J’ai décidé de lire pendant le voyage l’Essai sur les Révolutions de Chateaubriand (de même que Le Génie du Christianisme, ils sont dans le même volume de la Pléiade). Je crois que c’est un choix judicieux. Car, pour la majorité, les pays que je traverserai sont des pays de révolution : la France, la Russie, mais aussi la Chine, les ex-colonies d’Indonésie, la Malaisie, l’Indochine, et l’Allemagne ou la Pologne, dont la sortie du communisme peut être considérée comme une révolution. Seule, peut-être, la Thaïlande n’a-t-elle pas connu de révolution politique au 20e siècle.
En tous cas, le Cambodge a de plein fouet subi celle des Khmers Rouges. Et si j’écris ici, dans ce carnet, ces réflexions sur la révolution, c’est par réaction aux premières pages du livre de Michel Bizot, Le Portail. Bizot, membre de l’Ecole Française d’Extrême Orient, raconte son emprisonnement et sa torture, en 71, par les Khmers Rouges. Il peint, aussi, le Cambodge d’avant la révolution comme un royaume harmonieux, paradis généreux où même les pauvres avaient des fruits pour l’étranger de passage, un pays de la douceur de vivre, où l’art accompagnait la vie, où les chants simples des paysans portaient l’âme khmère, bref, un paradis perdu, comparable, peut-être, à la France d’Ancien Régime que regrettaient les romantiques, à la Russie intemporelle, bref, à toutes ces utopies nostalgiques des restaurateurs.
Ce que, pourtant, je trouve intéressant, c’est que François Bizot, qui se peint comme anti-communiste, plus intéressé par l’intemporalité de la vie paysanne, et même vaguement pro-américain, reçoive en 2001 le prix des lectrices d’Elle pour son Essai. Changement d’époque : on encensait les rouges, on encense maintenant les blancs, les neutres, ceux qui veulent seulement observer les rituels de toujours, ceux qui s’intéressent aux traditions populaires, les folkloristes, les amoureux des rites. Non pas que je leur sois personnellement opposé : je sens très fortement en moi le désir d’adopter cette même rhétorique. Mais je veux essayer d’y résister, car je crois que c’est une rhétorique, et que cette position de neutralité ethnologisante, à l’égard de pays plus pauvres surtout, soutient un injuste néo-colonialisme. Avec les meilleures intentions du monde.
Le néo-monarchisme réactionnaire de Bizot, je crois, ressort au détour de certaines phrases. Ainsi, quand il appelle l’homme « aristocratie naturelle du monde vivant », comme si la nature, bien évidemment, construisait de tels rapports, et que donc, puisqu’il y a des aristocraties naturelles, on puisse, aussi, justifier des aristocraties culturelles – d’ailleurs, on ne massacre pas violemment dans les pays contrôlés par l’aristocratie, surtout quand elle est « naturelle ». Mais ce n’est sans doute pas faux. Sans doute y a-t-il, aussi, vertu à ce qu’il y ait des aristocrates. Je m’étonne simplement que ce témoignage soit si peu contextualisé idéologiquement par celui qui l’écrit : spécialiste des religions, qui croit en une structuration naturelle du monde vivant, dans laquelle l’homme se trouve au sommet, « vainqueur des monstres et monstre lui-même à jamais. »
Bref, je m’interroge sur les non-dits que recouvrent les évidences.
06:17 Publié dans cambodge | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, communisme, mémoire, néo-conservateur, aristocratie, néo-colonialisme
26.06.2009
Pologne - 1 septembre 2008
Sous Jean-Paul II, héros de la Pologne catholique, la domination d’une Russie post-orthodoxe était, sans doute, ressentie comme très oppressante.
06:16 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : catholicisme, orthodoxie, guerre des religions
25.06.2009
Russie - 29 août 2008
Translatio imperii – suite des révolutions : Lénine était initié de la loge maçonnique de Belleville, et son corps repose(rait) sur un drapeau rouge de la Commune – de la Révolution Française à la Révolution Bolchevique, ouverture du 19e et du 20e siècle.
05:59 Publié dans Russie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, histoire, héritage, lénine, commune de paris
24.06.2009
Australie - 28 août 2008
Un peu moins d’un million d’australiens vivent en Angleterre, dont la quasi totalité sont à Londres. Un londonien sur dix ou douze, donc, est australien. Proportion majeure. « Why ? » demandait Angela. Visiter l’Europe, un an, deux, pendant la jeunesse. Comprendre ses racines, qui sont ici. Suzy, l’amie d’Alicia, veut ainsi s’installer, indéfiniment, à Glasgow. Lishy, même, pense passer quelques années en Ecosse, et voyager, visiter toutes ces villes.
Est-ce par ennui, parce qu’on a finalement vite fait le tour des villes australiennes ? Par désir de reconnaissance locale, parce qu’il faut avoir fait son grand tour ? Ou par une sorte de désir différé, d’effacer la déportation par le retour à Londres ?
Il faut toutefois noter que cette attirance pour l’Angleterre et l’Europe n’est pas universelle. Angela, par exemple, a dit en arrivant à Londres, à Philip qui lui demandait « do you feel a special connection to the place ? » que non, qu’elle était plus chez elle en Italie – alors même qu’elle pourrait devenir citoyenne britannique. Puis elle a commenté « Maybe that’s because you studied so much colonial stuff. » Le désir – la connection mystique – des australiens avec la Grande-Bretagne et l’Europe, donc, pourrait s’analyser comme une forme de bovarysme, une intoxication de l’esprit par excès de littérature ; et pourquoi pas ? Mais n’est-ce pas la même chose pour beaucoup de sentiments d’appartenance, qui dépassent l’espace géographique immédiat.
05:58 Publié dans australie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bovarysme, post-colonialisme, grand tour, expat
23.06.2009
Indonésie - 28 août 2008
Si l’on prend en considération les frontières maritimes, l’Indonésie est un des quatre pays frontaliers de l’Australie, avec la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Timor Oriental, et la France. Je ne crois pas que la Nouvelle-Zélande soit suffisamment proche… mais peut-être par quelques ilôts.
C’est tout de même curieux, cet archipel, dont les frontières sont toutes maritimes, à l’exception de celle, au milieu de Bornéo, avec la Malaisie, et l’autre, avec la Papouasie-Nouvelle Guinée (donc, deux frontières terrestres, en fait).
05:57 Publié dans Indonésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : frontière maritime
Vietnam - 28 août
Signification du Vietnam pour certains australiens : traumatisme, choc post-opérationnel – comment dit-on ? Je ne connais pas le terme exact, applicable aux soldats d’Irak.
Hier au pub, Angela et Philip évoquaient ainsi « Mr. Dennis », ex soldat, professeur d’histoire à Mount Barker qui, dès qu’il en avait l’occasion, parlait du Vietnam. Il en portait les traces : tâches, marques, cicatrices, sur les bras : « because of the gas, or the napalm, or the agent orange, or whatever that was. »
Plus tard, à la Tate Modern, je lis dans une salle d’artistes pop, à propos d’une explosion de Roy Lichtenstein : « this work can be seen as commenting on the Vietnam war. » Le Vietnam, donc, pour les artistes et les intellectuels occidentaux, représente cela – du moins dans années 60 aux années 80 : la violence gratuite, et les dangers de son éventuelle esthétisation ; voir Apocalypse now, et la terrible chevauchée des walkyries en hélicoptère, tandis que les villages et leurs habitants sont bombardés de napalm. Le Vietnam, donc, ou la beauté de l’horreur.
05:55 Publié dans Vietnam | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : traumatisme, guerre, cicatrice, esthétique, horreur


