01.08.2009

Allemagne - 21 septembre 2008

 Réveil dans le Brandebourg, après une vision nocturne ensommeillée du panneau « Hannover » en blanc sur bleu et, plus tôt dans la nuit, la montée d'un géant blond, sans doute à Blefeld, qui m'a réveillé pour s'installer. Nous traversons le Brandebourg au lever du soleil. Teintes pastel 18e siècle, rose pâle et bleu pâle, brume légère, champs blonds, lignes d'arbres, et tout à coup, forêt d'éoliennes tournant à faible vitesse : c'est très beau, très calme, et donne une impression d'espace, déjà, par rapport à Paris ou la France. En voyant des moutons, j'ai cru même, un moment, que j'étais en Australie, déjà.

Premier arrêt, Berlin Spandau. Souvenirs émus de mon premier magazine porno, que j’ai feuilleté là. Sur le toit d'une maison, des panneaux solaires. Il ne fait pas gris, pourtant, dans ce pays ?

 

Magazines offerts dans le train : « Healthy living, weil Gesundheit schön ist. » Article principal : « Mehr Kraft für mein Leben. » Autre esthétique.

Sur la passerelle face à la Hauptbanhof, chants d'oiseaux enregistrés, puis cloches d'église, et ruisseau, cloches de vaches. Paysage sonore : « it is not cool to have bird sounds on a bridge, I'm sorry », commente Philip.

Près du reichstag, une affiche pour une visite de la ville : « Drei Stunden Berlin Intensiv. » Qui voudrait faire du tourisme intensif ?

Dans un chantier, juste à côté, petit bouquet jaune et vert, choux d'ornement et tournesols. Un ruban : « Nie wieder Krieg, nie wieder Fascismus. »

Franchie la  brandenburger Tor, nous voici à l'est. Un char se dirige vers là, l'ange nous tend les bras. Nous allons faire encore quelques allers-retours est-ouest, avant Varsovie. Bizarrement, Kreuzberg, où nous logeons, bien qu'à l' « ouest », est littéralement au sud, comme l'Australie.

Peu d'iconicité – comme Melbourne. Pas de bâtiments, monuments, constructions qui fassent image. Et de plus, la ville semble une fédération de faubourgs.

Mais sur Unter den Linden, un hippie blond passe à vélo, traîné par deux chiens, un noir, un beige, accrochés par une corde au guidon.

Dans les toilettes, stickers contre la guerre en Afghanistan : « Verhandeln statt schiessen. »

 

Sur le Kurfürsterdam, un homme en chaise roulante est assis devant une banque. Notre hôte, Benjamin, nous raconte « pendant la semaine, une femme est là qui distribue des prospectus, et l'homme sur la chaise roulante, à chaque fois qu'elle en tend un, crie : « ne le prenez pas, elle travaille pour la scientologie ! »

Plus loin, la fête juive, pour les 60 ans d'Israël. Fête de rue, marché, nourriture traditionnelle et Klezmer. Barrières à l'entrée, chiens de garde. On doit se faire fouiller, vider ses poches. « Sad for a street fest », commente Benjamin.

Devant la « Judisches Gemeindehaus », une plaque avec l'étoile jaune commémore la Shoah : noms des camps (dont le Struthof, en Alsace, où j'ai fait un voyage de classe en 5e). Benjamin nous explique que la population juive de Berlin a doublé dans les dix dernières années, car la loi permet aux citoyens de l'ex-URSS qui seraient juifs d'obtenir automatiquement des visas. A l'intérieur, une exposition : « Heyls Utopie, Israels Gegenwart ». On vient d'entendre en yidisch du Klezmer devant le bâtiment. Sentiment d'être au cœur de la Mitteleuropa, mais aussi, bizarrerie de ce passé douloureux, qui donne l'occasion de divertissements et de visites touristiques. On mange des falafels pour commémorer la shoah.

Philip se demande « does it always have to be about that ? » Je vois l'étoile de David, en chantilly, décorer un gâteau sur l'affiche de l'événement, « Jüdische Kulturtage ». Tout à l'heure, Philip se disait troublé.

Petite affiche, sur l'entrée du Tiergarten côté Charlottenburg, présentant « Cabaret in deutscher Sprache mit Pianobegleitung und Gesang », et la photo de deux hommes, la cinquantaine, et l'air ahuri. Juste à côté, le poster pour des Rumänische Kulturtage, im Kino Babylon. Multiculturalisme européen.

Berlin, c'est la ville des gentils, où l'on pense que « chaque enfant a droit à » un futur de paix, de quoi manger, la culture, et tout ça. Subventionné par qui ? Juste à côté, la Potsdam Platz-Sony, son gigantesque toit métallique, où Benjamin nous a dit qu'on ne pouvait pas fumer d'herbe, ou tenir de manifestation publique.

Conclusion du premier jour en Allemagne : un pays gentil, consensuel et policé, qu'on dit secrètement cool, actif et dynamique, mais qui, je crois, pose les questions de façon purement esthétique ou superficielle.

Commentaires

Lire le blog en entier, pretty good

Ecrit par : Nina_Tool | 21.09.2009

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