31.08.2009

Thailande - 29 septembre 2008

Feuilleté le Rough Guide de Thaïlande, et décidé de passer quelques jours à Ko Tarutao ou Ko Lipe, dans le sud, avant de passer la frontière malaise. Ilots paradisiaques, parc national maritime et plages pour backpackers aventureux.

Relative abstraction, toujours, de la Thaïlande, quand on voit défiler, par la fenêtre du train, des forêts de bouleaux dorés, parfois interrompues de huttes en bois peintes à côté de choux et de terre brune, entourées de barrières en bois. Le Vietnam n’est plus très loin, mais la Thaïlande l’est encore. Peut-être est-ce un effet de ce qu’elle n’a jamais été communiste ; ou peut-être en est-ce la cause, et le communisme a-t-il des racines mystiques en Mongolie, dans le cœur de l’empire tatar, mongol, de Gengis Khan ou de Tamerlan ?

Japon - 29 septembre 2008

Il paraîtrait, d'après le livre de linguistique française que j'utilise pour préparer ma conférence à Keio, que le Japon soit caractérisé par la « politesse négative » (marquer et garder les distances par rapport à l'autre, afin de ne pas s'imposer), tandis qu'on favorise, dans le monde anglophone, la « politesse positive » (écoute active, acquiescements, renchérissements). Quant à la conférence, elle s'annonce intéressante mais, d'un point de vue académique, farcesque.

30.08.2009

Russie - 29 septembre 2008

Troisième jour, au réveil, toujours des arbres, un peu plus de relief peut-être, à peine. Impression d’une Corrèze infinie, ponctuée par des hameaux d’isbas et des arrêts de train, plate-formes isolées dans la Taïga. Je chante, par dérision, « Eye of the Taïga ».

Petite gare de Sibérie, deux petites filles marchent le long des voies. L’une est blonde, anorak bleu, cartable rose et collants verts ; l’autre est brune, anorak rouge, cartable jaune et collants roses. Une troisième passe, cartable rose au dos, son père et sa mère de part et d’autre.

Approche de Krasnoïarsk, grosse ville industrielle, collines sans arbres, on en voit le relief, je trouve ça très beau. La gare est peinte en rose, les couleurs changent, impression d’être ailleurs, enfin – erreur, j’avais confondu les bâtiments : la gare est bien verte, comme ailleurs : va-t-on vendre à manger sur les quais ?

Vingt minutes à la gare de Krasnoïarsk. Il fait chaud – relativement – quinze degrés ou plus. Echoppes mobiles, j’achète biscuits, kéfir, et sachets de thé, plus deux esquimaux enrobés d’aluminium à une marchande ambulante. Fresque soviétique sur un mur de briques, gare monumentale, colonnes de pierre, vert sombre, toit peint en vert, et pointes dorées sur le sommet. Deux chinois nous demandent où nous avons trouvé nos glaces, d’où nous venons, puis commentent « we like the French ».

Ilanskaïa : sur le quai, petits raviolis à la viande, à huit roubles l’un. Salade de choux. Bananes. Et, serré parmi les vieilles femmes, un garçon blond d’une douzaine d’années qui tient un énorme sac de baies rouges à la main. Je ne sais pas pourquoi nous ne les avons pas achetées. Première station dans laquelle on vend de la nourriture asiatique. Il y a parmi les passagers de moins en moins de russes, de plus en plus d’occidentaux et d’asiatiques.

France - 29 septembre 2008

La provodnitsa, lorsque je suis allé lui demandé deux cafés ce matin, m'a redit comme la première fois « Pigalle, Pigalle », puis « Louvre » et « Gioconda ». Pour gagner ses bonnes grâces, j'ai répondu « vass gioconda », vous ressemblez à la Joconde. Elle m'a serré dans ses bras.

29.08.2009

Russie - 28 septembre 2008

Arrêt dans une petite gare, entre Tioumen et Omsk, à 10h45. Froid, très froid sur le quai, quelques flocons. Par la fenêtre, alors que le train démarre, nous voyons tomber de la neige.

Dehors, les couleurs sont plus sombres et les arbres plus rares ou plus bas, j’ai l’impression. L’hiver est plus avancé. Les bouleaux ne sont pas dorés, mais roux. Nous sommes entrés en Sibérie.

Omsk, après avoir traversé le fleuve à gauche, entre les grues colorées et les tours grises et brunes, une église à coupole dorées. Sur la droite, isbas et datchas peintes en vert plus sombre qu’à l’ouest. Pipelines emballés de tissu blanc. Sur une barrière, un graffiti : la Russie aux Russes. Quelques fleurs orange dans un jardin, devant une barre d’habitation dont les fenêtres donnent sur la gare. Est-ce un privilège d’habiter là, car on peut rêver de partir ? Ou serait-ce une sorte de torture subtile, un espoir déçu quotidiennement ?

Alors qu’en Bélarus et jusqu’à Moscou, j’écoutais de la musique grecque (j’ai d’ailleurs croisé trois grecs, parfaitement à leur aise, sur un boulevard de Moscou, lançant de sonores « ela re malaka ! »), traversant la Sibérie, quelques centaines de kilomètres au nord du Kazakhstan, Khaled et Cheb Mami semblent beaucoup plus appropriés.

Gare de Tatarskaïa, vent vif, 3°C, ciel sombre.

28.08.2009

Belarus - 28 septembre 2008

J’ai lu hier que la Biélorussie était, à l’époque soviétique, une des régions les plus riches de la fédération, comparable presque avec les Pays Baltes. Et Marcin, le compagnon d’Anya, notre hôte à Varsovie, nous a dit aussi que, selon les rumeurs, le pays vivait une sorte de mini-boom économique. A propos duquel on ne sait pas grand chose, car les chiffres officiels sont tous faux. Réaction d’occidental : mais s’ils sont riches, pourquoi ne s’ouvrent-ils pas ? Pourquoi ne rejoignent-ils pas l’Union Européenne ? Pas si simple. Outre l’opposition russe, à coup sûr, est-ce vraiment l’intérêt du peuple biélorusse ? Disons, des citoyens dans leur ensemble ? On touche un intéressant paradoxe ici du nom « peuple ». A coup sûr, pour les Biélorusses, en tant que citoyens du monde, la fermeture des frontières est dommageable. Ils n’ont pas d’argent touristique, pas de rencontres avec des étrangers, pas vraiment de nouvelles, pas d’espoir, dans les vingt prochaines années, qu’on les estime à Genève ou New York.

Mais pour les citoyens dans leur ensemble, cette fermeture leur permet, aussi, de maintenir l’égalité, de développer leur pays sans subir les pressions de l’extérieur, et, pour le moins, de ressentir une fierté nationale : puisqu’on nous ferme les frontières, ailleurs, nous fermerons aussi les nôtres.

On associe le communisme et l’URSS à l’Europe, en général. On y voit le « bloc de l’est », et de ce bloc, la Biélorussie, dans une certaine mesure, est le centre, à mi-chemin de Berlin et de Moscou, de Varsovie et de Smolensk, de Talin et de Kiev, ou de Budapest et St Pétersbourg, sorte de zone moyenne au milieu de la plaine est-européenne, à la ligne de partage des eaux, sur l’arrête entre la Baltique et la mer noire. Peut-être (sans doute), est-ce l’origine marxiste (anglo-franco-allemande) de l’idéologie, de même qu’un vieux désir russe de « s’ancrer à l’ouest », qui rend compte de cette perception. Mais, si l’on observe l’histoire plus longue du communisme, et son expansion notamment en Asie, vers la Chine, le Vietnam, le Laos et le Cambodge, on voit son centre de gravité dériver vers l’est, et se situer quelque part entre Novossibirsk et Karsnoïarsk, marginalisant la Biélorussie, qui devient un simple tampon, no-man’s land entre une Russie déjà presque et même plus qu’à moitié asiatique, et des pays à l’Ouest, Estonie, Pologne ou Slovaquie, qui font pleinement partie de l’Europe.

Il n’est peut-être pas surprenant, dès lors, que le pays soit le plus proche du vieux communisme, et le plus fermé sur l’extérieur.

Pologne - 28 septembre 2008

Pour le dessert, à midi, nous mangeons des pruneaux polonais. Que je croyais polonais – ils viennent du Tesco de Varsovie, et l’emballage porte exclusivement du texte polonais. Mais je vois qu’ils appellent cela « Sliwki kalifornijskie », prunes californiennes. Je me dis : exportations américaines, elles ne viennent même pas du pays, ou d’Europe. Et c’est alors que je vois la provenance, au dos du sachet : Chile ! Ces prunes auront donc, pratiquement, fait le tour du monde, avant de finir, mêlées à d’autres déchets organiques, sur une voie de chemin de fer, quelque part entre Omsk et Krasnoïarsk. 

27.08.2009

France - 28 septembre 2008

Colère immense, il y a deux jours, contre la bêtise française. Une thésarde que j'avais rencontrée lors de stages-théâtre organisés par le CIES, spécialiste de littérature chinoise contemporaine, m'écrivait qu'on ne pourrait pas se voir en Chine, parce que du jour au lendemain, le rectorat l'avait assignée dans un collège au fin fond du 93. Elle enseigne à des adolescents de 13 à 15 ans des programmes de littérature et de grammaire qu'elle n'a pas préparés, le rectorat l'ayant convoquée la veille de la rentrée. Pour ne rien arranger, c'est Ramadan, dit-elle... mais passons.

Cette fille a passé quatre ans d'études à découvrir la littérature chinoise contemporaine. Elle a vécu plus d'un an à Pékin, s'exprime avec aisance, et pourrait admirablement communiquer en de nombreuses circonstances avec efficacité dans chacune des trois langues qu'elle connaît – le français, le chinois et l'anglais. Par manque d'argent, les universités dans lesquelles elle avait postulé n'ont pas eu de poste temporaire à lui proposer pour finir la rédaction de sa thèse. Mais plutôt que d'être au chômage, ou de pouvoir travailler comme indépendante, en attendant d'avoir fini la rédaction, Juliette est assignée – la veille – dans un collège de mauvais niveau. Parce qu'elle est agrégée de lettres modernes, et que le ministère peut l'envoyer où bon lui semble. Evidemment, sans tenir compte de ses désirs ou de ses choix, mais – c'est le pire – ni de ses capacités. Car certes, elle doit enseigner, contrepartie du travail garanti par l’agrégation (rappelons que ce concours du secondaire est exigé par les universités pour l'obtention d'un poste). Mais que ne l'embauche-t-on pas, du moins, pour enseigner de récents immigrés chinois ? dans un chinatown ? Ou comme secrétaire trilingue aux Affaires Etrangères, au commerce, ou dans une entreprise nationalisée qui fasse du commerce avec la Chine ? Il ne doit pourtant pas en manquer. Non, Juliette est envoyée devant des élèves turbulents, sans préparation ni préavis. Résultat : démission déjà programmée, le temps de se retourner, puis départ pour la Chine où, sans aucun doute, elle pourra trouver un emploi mieux taillé pour elle. Enorme gâchis, d'autant plus si l'on considère qu'elle est normalienne, et que la France a grassement financé ses études. Mais pourquoi Juliette resterait-elle sur le territoire ? Elle n'est pas même ingrate et, sans aucun doute, elle servira mieux les intérêts du pays par sa présence en Chine, où son intelligence et son efficacité seront mis au crédit du pays tout entier, que dépressive, dans son collège de banlieue. Si ce n'est qu'en Chine, elle parlerait mal d'un pays qui l'a traitée de façon tellement absurde, et qu'elle encouragerait sans aucun doute, comme je ferai, beaucoup d'autres jeunes talentueux à s'en aller, pour échapper au bizarre arbitraire qui règne en France.

26.08.2009

Vietnam - 27 septembre 2008

Ce soir, après la soupe, entre Perm et Sverdlosvk, nous avons feuilleté le Rough Guide vietnamien. Nous allons visiter Hanoï, Hué, puis Ho Chi Minh City, et pas la baie d’Halong. Nous préférons passer deux jours dans la ville impériale. Rien n’a l’air cher, on se loge pour 10 à 15 dollars.

Russie - 27 septembre 2008

Réveil après une nuit confortable. Une cabine qui ressemble beaucoup trop à une chambre d’hôpital, je l’ai décorée pour en faire une maison temporaire. Le petit enfant blond qui grognait à Moscou dans la cabine d’à côté n’a pas crié cette nuit. Réveil, bruits de rails, Philip ouvre le rideau, forêt de bouleaux dorés par l’automne, à cinq ou six mètres du train, qui bloquent l’horizon. Parfois, des cabanes dans la forêt, et des bornes indiquant la distance depuis Moscou : 785 km, 797 km.

Gare de Kirov, produits industriels en vente, roulés à la confiture (40 roubles), soupes en sachet de concentré, bacon sous vide (60 roubles). Une série de vendeurs sont assis près d’énormes sacs en plastique avec des peluches et des pantoufles en fourrure. La famille et le petit enfant de la cabine à côté sont descendus. Nous allons repartir.

Dans une clairière, une femme en fourrure à demi cachée par les herbes est en train de jouer avec cinq chiens blancs. Je les vois de la fenêtre, alors que Philip lit Don Quichotte.

La nuit tombe tôt. 19h30 – le train reste à l’heure de Moscou – il fait nuit noire. Dans une heure, nous sommes à Perm pour vingt minutes. C’est déjà l’Asie, d’après ma carte approximative. Je répète l’expérience biélorusse : frontière confuse. Le passage des continents, la sortie d’Europe, se fait, s’est faite ou se fera sans que je m’en aperçoive, dans l’obscurité.

Perm, 20h30, arrêt vingt minutes. Le thermomètre, en gros chiffres rouges, indique +1°C. Nous avons traversé un fleuve immense avec un gros bateau. Volga ? Oural ? Dniestr ? On ne vendait pas à manger sur le quai.

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