31.10.2009

Malaisie - 22 octobre 2008

Au zoo d’Hong-Kong, vu mon premier Orang-Outan – gros singe aux longs bras, poils roux, terrifiant d’humanité. Le nom signifie, je crois, en malais, « l’homme de la forêt ». L’animal attrapait des oranges avec ses pieds puis, se servant d’une sorte de balançoire en tissu, les déposait sur une table, à gauche, où d’autres étaient déjà. Puis il attrapait des branches feuillues et les mâchouillait. Ventre et poitrine dénudés, seins noirs tombants, bedaine. Une sorte de vieillard décadent, que le gouvernement de Hong-Kong offrait aux regards dans le zoo gratuit contre une offre illimitée d’oranges et de feuilles.
Comme le christianisme, il me semble que l’Islam établit une claire ligne de démarcation séparant l’homme de l’animal. Comment s’opère cette dimension de la religion, je me demande, en Malaisie, quand on trouve des singes humanoïdes, en assez grand nombre, dans la jungle.
Et que devient la religion du désert, lorsqu’on la déplace à l’est, et qu’il faut l’exercer dans un pays de jungle et de mousson.

30.10.2009

Vietnam - 22 octobre 2008

Premiers contacts avec le Vietnam, deux membres d’hospitalityclub : un expat hollandais, qui nous a spontanément contactés (j’avais cliqué sur son profil), pour nous offrir de nous montrer Hanoï ; une fille, vietnamienne, anglophone enthousiaste, et qui ne peut nous héberger, mais nous fera découvrir Hué.

29.10.2009

Japon - 22 octobre 08

Première expérience aujourd'hui des fameuses toilettes japonaises, à Temple University. Sur le côté du siège, un bouton bleu « spray », portant un étrange symbole, sorte d'oméga surmontant un y grec en pointillés. J'appuie, j'entends un bruit, puis je sens un jet qui me touche les fesses – je me lève, surpris, l'eau jaillit contre la porte, embarrassé, je me rassois, je comprends la fonction de la chose, et trouve ça plutôt pratique.

J'ai fait mes deux interventions sur Aristote et le livre de Lo Piparo. Dans le cadre des classes de Claire. Petite salle, deux fois douze étudiants. Mélange de japonais et d'américains ; peu de questions. J'ai compris que j'aimais peu les étudiants. Leur passivité béate, leurs questions sans pertinence, et leurs yeux fatigués. Mais encore moins les professeurs, avec leurs manies, leurs bonnes intentions, leurs frustrations. Cependant, Claire a bien fait les choses, on m'a payé, 20.000 yens dans une enveloppe en papier.

Marche ensuite, vers Roppongi Hills. Le quartier de Temple – où sont les ambassades occidentales – était ennuyeux. Bizarrement, malgré la pression foncière, beaucoup de petites maisons, pas plus d'un étage, dans des allées calmes. Impression terriblement banlieusarde, inquiétante, épouvantablement, dans une mégalopole de trente millions d'habitants. Pourquoi ne pas vivre en appartement ? Roppongi Hills est à peine plus rassurant. Lieux publics propres, immeubles neufs, statue d'araignée géante, musée d'art moderne et festival international de cinéma. Beaucoup d'occidentaux – presque exclusivement des petits blancs sur les toboggans du jardin d'enfants près de l'Eglise luthérienne – japonais stylés aux visages parisiens. Visages tendus, qui veulent dire, « je suis complexe », et que je décode en « j'abrite une totale perversion. Tu veux partager ma folie ? Je suis à la fois jeune et vieux, femme enfant, doux et cruel, je suis prêt à mourir ou à tuer pour toi, viens ! » Ces gens me repoussent, comme les parisiens.

Les occidentaux qui viennent ici semblent contaminés. Dans la classe, avant le début du cors, un américain blond surlooké s'arrangeait le bonnet dans l'écran de la télévision sur le côté. Tout à l'heure, une vieille femme dans la rue promenait sans humour un caniche à toupet. Nous avons suivi jusqu'au métro cette blonde aux cuisses exhibées sous la jupe d'écolière trop courte, et le visage vide. Une américaine, grosse et laide, arborait ses dentelles et son chapeau dans l'ascenseur de l'université.

Conférence à Temple sur la crise économique. Panel de quatre membres : un médiateur français, deux américains, un japonais. Le japonais, calme et souriant, pose des faits, parle de long terme, et trace des parallèles historiques ; dans un anglais légèrement hésitant. Les américains, d'un ton plein de certitudes, parlent trop, sans donner de faits, parlant uniquement de court terme, et reposant sans cesse la question. Ces deux américains sont en tous cas d'accord, contre le japonais, pour juger que les conséquences de la crise économique seront majeures et négatives.

Mais qu'entendent-ils par « négatives » ? Le japonais, l'air tout excité, parle de sa « mission », convaincre l'auditoire que la crise actuelle n'est pas la même que celle à laquelle s'est vu confronté le Japon dans les années 90. Il parle avec enthousiasme, il agite les bras, cligne des yeux, regarde, à droite, à gauche, dévisage. Et semble se dire, « dans une seconde, là, tout va s'effondrer, ça va venir. » Il n'attend que ça.

En entendant parler l'américain, parlant des risques financiers que la mathématisation des finances et les complexes assurances mises en place avaient semblé faire disparaître, et, pendant ce temps, la figure sceptique au sourire pervers du japonais, je pense aux tremblements de terre, donc Claire a dit hier qu'elle commençait à les craindre. A Tokyo, tout peut s'écrouler d'une minute à l'autre, entraîné par le mouvement des plaques souterraines. On doit bien rire, au Japon, quand on entend parler d'éliminer les risques.

 

Costume et désir : homme d'affaire, écolière, lolita gothique, femme en kimono, geisha. Face à moi, dans le métro, jeune fée qui s'arrange les cheveux. D'abord, je la trouve très attirante. Plus je l'observe, et plus elle devient laide. Mais cette laideur, étonnamment, ne la rend pas moins désirable. Elle semble, au contraire, par cette absence de beauté réelle, plus accessible et plus susceptible d'offrir son corps. Au bain, dénudés, ces corps perdent-ils leurs masques ? Et sont-ils plus, ou moins désirables ?

Allemagne - 22 octobre 2008

Vu sur Rippongi Hills, à côté d'un jardin d'enfants au sol en mousse anti-chute, une église luthérienne moderne, avec au fronton, gravé dans la pierre, sola gratia, sola fide, sola scriptura.

28.10.2009

Australie - 21 octobre 2008

Une première boucle est bouclée : nous sommes à l’aéroport de Hong-Kong, où nous avions fait escale lors de notre premier séjour en Australie. Par les vitres du terminal, des avions quantas ; de cet aéroport, on pourrait directement rejoindre Sydney, Perth ou Melbourne.

Singapour - 21 octobre 2008

Dès Hong-Kong, nous expérimentons l’efficacité qu’on associe traditionnellement à Singapour. Notre avion pour Tokyo part à 8h20, mais nous avons quitté l’appartement de Pearly vers 5h45 ; après quelques minutes dehors, nous avons trouvé un taxi qui déposait quelqu’un. 5h54, nous étions à la station de trains pour l’aéroport. Propre, efficace, bilingue : on peut enregistrer ses bagages directement sur place, et ne pas les traîner avec soi dans le train – sans télévision, sans message de propagande, et remarquablement propre. A 6h00, nous étions dans le wagon ; quelques minutes plus tard, il décolle, et dans une vingtaine de minutes, nous dépose à l’aéroport. « What efficieny », dit Philip, souriant ; pendant que j’écris, une quarantenaire heurte mon pied qui dépasse, et me fait légèrement déraper sur la page. Elle m’adresse un ravageur « I’m sorry ».
[Je découvre ensuite, et j’en suis un peu triste, un panneau sur le mur qui dit « the front seats do not have speakers ». Je vais voir derrière, et me rends compte que sur un écran passe un programme de divertissement (photos du Caire, puis interview de consultants en business international.)]
Un bouton, sur les sièges, permet de régler le volume des hauts parleurs situés dans l’appui-tête – et dont profitent malheureusement aussi les voisins.

27.10.2009

Japon - 21 octobre 2008

Dans l'avion pour Tokyo, petits signes extérieurs de nipponité : politesse verbale de ma voisine – qui me gratifie d'un sonore « bless you » quand j'éternue, et retire à grands renforts de pardons son bras de l'accoudoir si, par hasard, je l'effleure. Petite serviette chaude, qu'on nous tend à la pince avant le repas. Mais peut-être est-ce une conséquence dérivée du voyage en avion, dont j'avais oublié le luxe après toutes ces expériences dans les trains.
Hier soir, avec Pearly, discussions sur les relations professionnelles dans les entreprises japonaises. Epouvantables, apparemment : brimades, attaques personnelles, et respect rigide pour les hiérarchies liées à l'âge. Quant aux femmes, on n'attend rien d'elles qu'un départ de l'entreprise après leur mariage. Très loin de sa propre situation, chez Goldman Sachs, où ses patrons la respectent et veulent la faire progresser, où dès son premier poste, on lui confie d'importantes responsabilités.
Même rigueur, semble-t-il, dans les rapports homme-femme. Je disais à Claire, en m'appuyant sur les séries taïwanaises et l'observation de Ming et ses amis, que les sociétés asiatiques me semblaient particulièrement peu machistes. « Oh non! » m'avait-elle répondu. Hier soir, Pearly nous a dit que c'était une des principales différences entre la Chine – surtout Taïwan – et le Japon. Les taïwanaises dominent, les hommes font la vaisselle, et quand, après le repas, le copain de Pearly s'est énervé contre elle au téléphone qu'elle n'avait pas décroché son téléphone plus tôt, elle a répondu fermement. « I'm now gonna make Der-Yang apologize his arse off for shouting at me like that, » nous a-t-elle dit, sans trop de sérieux bien sûr, en allant dans sa chambre avec son ordinateur branché sur skype.
Au Japon, les filles doivent tout faire, nous avait-elle expliqué, faire la cuisine, la vaisselle, donner des cadeaux ; c'est même elles qui prennent l'initiative pour coucher avec les hommes, pas l'inverse. « Elles sont peut-être encore comme les geishas! » suggère Philip.
Il semblerait, en tous cas, qu'il y ait une relation particulière entre le sexe et l'archipel japonais. A l'aéroport de Hong-Kong, au relay, nous avons trouvé le premier objet pornographique depuis notre départ d'Allemagne. Un calendrier d'hommes nus japonais, sous cellophane, avec une étiquette annonçant que le contenu pouvait choquer les mineurs. Au dos, les hommes avaient sur le sexe une étoile pudique dans les petites reproductions alléchantes. Nous avons failli l'acheter, puis nous sommes dit qu'on risquerait de nous le confisquer en Chine. Mais il est possible que la pornographie soit une spécialité japonaise : lorsqu'au téléphone avant hier soir j'ai demandé à Der-Yang s'il voulait qu'on lui ramène quelque chose de Tokyo, il m'a répondu « porn ». Rires de Pearly derrière nous.
Claire nous racontait que, dans un quartier de Tokyo, les adolescentes se prostituent pour s'acheter des vêtements de marque, Hello Kitty, Vuitton, Prada. Que, surtout, ce n'est pas jugé particulièrement choquant.
Dans l'avion, lorsque nous atterrissons, je commence à percevoir les passagers qui m'entourent comme des japonais. Et, je ne sais pas trop pourquoi, ils me sont plutôt antipathiques. Physionomies tendues, fort potentiel d'agression réprimée. Je ne me sens pas très à mon aise. Philip, lui, regarde ravi le style d'un jeune homme sur notre droite. « We've entered the world of the Muji palette », dit-il pour décrire l'arrangement de gris et d'ocres que porte ce garçon. Je le trouve inutilement affecté.
Dans la station du skyliner pour Ueno, sans l'aéroport de Narita, j'achète une bouteille de « Pocari Sweat » en attendant qu'on prépare notre train. Je suis intrigué par la description – boisson spécifiquement conçue pour compenser les sels minéraux et liquides perdus en transpirant, et veux acquérir une bouteille pour conserver l'étiquette. Je me retourne et vois que, dans le train, les fauteuils bougent tout seuls – petite danse qui correspond sans doute au rituel de nettoyage automatique, mais pourrait être le fait d'un démon malicieux.

26.10.2009

Chine - 21 octobre 2008

Bizarre présence de la Chine au Japon, sous la forme des Kanji que je vois partout.

Allemagne - 21 octobre 2008

Dans un magazine de voyage, nous lisons trois articles sur les capitales européennes de la bière : Bruxelles, Prague et Munich, bien sûr. Bocks d'un litre et bavaroises en costume, et 4 conseils pour l'Oktoberfest : plan ahead, go early, stay hydrated, shop around.

France - 21 octobre 2008

Arrivant au Japon, je vois ma première carte officielle du monde Pacifique, sur l'écran de l'avion Northwestern. L'Europe, dans le coin gauche de la carte, est bien loin.

Après les arbres tropicaux des jardins d'Hong Kong, les paysages que je vois depuis le skyliner, quelque-part à l'ouest de Tokyo, me rappellent étrangement la France de l'ouest, avec les genêts et la forme des branches ; et malgré les rizières. Pourtant, quand j'y fais attention, les essences diffèrent, et j'ai même aperçu de petits palmiers – malgré ça, fort sentiment d'être en banlieue parisienne, ou quelque part entre Londres et Luton. C'est, je crois, la lumière surtout qui m'évoque ces régions. Très différente, ici, de celle qu'on voit en Chine, et surtout sous les tropiques : plus humide, plus blanche, plus poudreuse et plus douce. J'ai l'impression qu'elle va me donner froid, comme j'avais froid en île de France, l'hiver, et cela me fait un peu peur : moi qui m'imaginais déjà, pour toujours, vivre à la chaleur !

Il fait en vérité 23 degrés dehors.

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