02.11.2009

France - 23 octobre 2008

Après ma conférence à Keio, sur l'hypercentralisation de la langue française, je me retrouve en salle des profs de l'UFR de français. La doyenne arrive avec un sac de gâteaux rapportés de Kyoto par un étudiant, nous en mangeons, puis apparaît Ken, un japonais qui coordonne les programmes d'éducation bilingue, et finalement, Patrice, un hurluberlu dynamique, breton sans doute ou britonophile, exubérant et chevelu, qui me montre une série de vidéos délirantes qu'il développe comme nouvelle méthode FLE [www.rondpointprod.com]. Recherche de Blanchet sur les remparts de Saint Malo, publicité pour l'accordéon, clips hip hop : un vaste délire, mais pédagogiquement très efficace. Amusant, je suis arrivé, maintenant, loin de France, et le français devient une langue étrangère, les français des expats ; ambiance universitaire, je suis mal à l'aise ; dans une demi-heure, au maximum, je quitte, et pour longtemps, cet univers de pédagogues et d'étudiants. Je deviens écrivain professionnel à plein temps.
Dans la soirée, j'assiste à la rencontre avec Nancy Huston qu'organise l'institut franco-japonais. Cette femme est dans une certaine mesure un modèle d'écrivain bilingue, anglophone qui s'installe à Paris, puis rédige à la fois dans les deux langues, et traduit elle même tous ses ouvrages. Si ce n'est qu'elle a de Paris pris l'air tendu, la maigreur et les vêtements noirs, l'attitude femme fatale et désespérée. Nancy Huston m'évoque Barbara, par une sorte de beauté tragique, magnifiée par la vieillesse, et que grise terriblement l'approche de sa fin.
Minh Tran Huy, la première, me l'avait fait lire, en 1997, son livre Instrument des ténèbres, et dont j'ai comme seul souvenir de l'avoir lu dans un square, celui de la rue de Bièvre, ou de la rue de Grenelle, devant l'American University, près de l'église luthérienne Saint Jean. Minh est publiée par le même éditeur, et sans doute se connaissent-elles. Claire connait le médiateur à sa gauche. De cette femme qui, dix ou douze ans plus tôt, m'apparaissait comme une divinité lointaine, je ne suis plus séparé que par un degré. Signe de réussite ? Ou d'échec ? J'ai l'occasion, du moins, de l'approcher de près. Je ne l'aime guère ; elle est sans nul doute intelligente, mais je la trouve glaciale, et, colorée par le Japon sans doute, inquiétante et perverse. Elle ne me plaît pas. Je ne veux pas lui ressembler.

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