04.11.2009
Pologne - 23 octobre 2008
En Pologne, on enlevait des enfants pendant la deuxième Guerre Mondiale, explique Nancy Huston lors de la rencontre organisés par l’Institut franco-japonais de Tokyo. On faisait la même chose en Ukraine et dans les pays baltes. Une génération volée, comme les aborigènes d’Australie. Elle pleure sur ces enfants, qui par l’histoire ont dû se construire plusieurs identités. Plus tôt dans la rencontre, elle a dit « je crois qu’on est multiple ». Elle parle de comédie, mais ses romans, d’après ce que j’en entends, me semblent relever plutôt du mauvais drame, par excès de sentiment. Maintenant, Nancy parle d’une amie chanteuse, et travail de la voix. « Son chant m’accompagne », elle dit ça sans humour, elle est ridicule.
Son ridicule tient à ce qu’elle croit au symbolisme qu’elle propose. On donne du sens, on cherche du sens – dit-elle – c’est une caractéristique humaine. Peut-être. Et l’humour – celui que déploie Gombrowicz, et d’autres – consiste à rire du sens qu’on projette partout ; conséquence, à ne pas croire absolument au sens qu’on projette sur les choses. A ne pas trop compter sur l’émotion ; puis à n’aimer pas trop l’enfance. Elle parle de sa première rencontre avec l’école primaire. Son mari, lorsqu’elle l’a rencontré, avait un enfant, qu’elle devait chercher à l’école. A vingt-cinq ans, Nancy Huston raconte qu’elle était tout effrayée par l’école primaire, les couleurs, les images, et l’activité grouillante. Puis, dit-elle, heureusement, elle a vu la beauté de cet homme qui s’occupait de son enfant. « Quittant ses certitudes d’adulte », elle a redécouvert la beauté de l’enfance. Que n’a-t-elle relu Ferdydurke, ou La Vie est ailleurs ? Elle aurait fui cet homme cucul, serait devenue bien meilleur écrivain. Mais voici qu’on fait des jeux de mots sur le titre du livre : en ajoutant « m », à failles, Lignes de faille devient « lignes de famille ». Nancy n’est pas contre, elle dit « line », en anglais, peut signifier ligne et lignée. Puis elle parle déterminisme. Elle ajoute, inconscient, psychanalyse, déterminisme, et je me dis, cette femme, cette ancienne féministe, a-t-elle finalement cessé de croire à la liberté ?
Mais pour y croire – sous sa forme polonaise, comique, peut-être faut-il aussi croire en Dieu ? Peut-être y a-t-il un comique spécifiquement catholique, italien, polonais, qui repose à la fois sur la possibilité du pardon et sur la liberté que donne la foi – libération des déterminismes à la fois psychologiques et familiaux. Mais Nancy Huston y croit-elle ? Et ne croyant pas à la liberté, ni la tragédie, ni cette comédie supérieure ne lui sont accessibles, uniquement le drame, ou la farce. Et c’est pourquoi je la trouve ridicule, et triste, et facile.
Poser l’enfance comme moment du vrai – poser l’émotion comme critère du juste – poser l’émotion comme critère du juste – errements dont je crois qu’elle est coupable, et contre lesquels préviennent Gombrowicz et Kundera. Polonais, Tchèque, partageant presque la même langue. Et quand j’entends cette femme, je repense à Kundera narrant avec humour les décalages de réactions qu’il a pu noter à Paris. Nancy dit maintenant que les écrivains lisaient trop de philosophie, qu’on oublie l’enfance, et qu’il faut d’abord observer comment se fait le soi. Comme si, vraiment, l’enfance était plus vraie, plus juste et plus déterminante que la religion, que l’âge adulte, et que les décisions conscientes. Comme s’il fallait juger les gens sur leur enfance.
Elle incarne en somme un esprit de sérieux parisien, terriblement bien-pensant, consensuel, conformiste, et dont l’intelligence inquiète engendre, au final, un chapelet monotone de banalités bêtes.
01:14 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sérieux, ridicule, humour, cliché, kitsch, banalité, comédie, ère du soupçon, émotion, enfance


