30.11.2009

Singapour - 2 novembre 2008

Au musée provincial de Nanning, je vois à la librairie du musée toute une série de livres consacrés aux pays d’Asie du Sud Est : Laos, « the fragrance of Dok Chapon », Philippines, « Dancing on the water lily », et Singapour, « The Merlion in the sunshine ». Je suppose, si je lis bien les kanjis correspondant à la traduction, que « Merlion » réfère à quelque espèce de poisson.

Malaisie - 2 novembre 2008

Voyages interasiatiques : notre hôte à Nanning, Rachel, me raconte hier au téléphone qu’elle est allé passer une semaine en Malaisie. La personne qui devait l’héberger là-bas s’est volatilisée le soir de son arrivée, et la voici qui s’est mise à devoir chercher un hôtel au milieu de la nuit. Sur un tabouret, près de l’ordinateur, j’ai vu trois porte-clefs – des cadeaux sans doute encore emballés – portant le mot « Malaisie » par-dessus la silhouette de Kuala Lumpur. Rachel voudrait se rendre en Europe, mais les visas sont difficiles pour les Chinois. Par contre, elle peut facilement voyager en Asie. D’autant que Nanning – la province du Guangxi – collabore avec l’ASEAN : un panneau sur la gare, un autre sur l’édifice du gouvernement provincial, invitent à l’émancipation des esprits vers la coopération commerciale, pour le développement du Guangxi.

Plus tard, au musée des minorités ethniques de la province du Guangxi, je vois dans un pavillon du « jardin des nationalités » la réplique du chariot royal de Brunei, cadeau du sultan, célébrant l’amitié des deux pays. Photos de mosquées dorées sur les murs, poignées de mains historiques, et résumé des liens entre les pays, depuis 977 – notamment, soutien du gouvernement chinois, lorsqu’en 1984, le sultanat demande son indépendance. Grand empire communiste et petit sultanat autonome, intéressante combinaison de pouvoirs.

Thaïlande - 2 novembre 2008

Sur le dépliant du musée provincial de Guangxi, photographie de la princesse Sirindhom de Thaïlande lors d’une visite – sans doute courtoisie de voisinage – dans le cadre du développement corollaire de l’ASEAN et de la Chine du Sud-Est.

29.11.2009

Vietnam - 2 novembre 2008

Nous allons sortir de la Chine industrialisée, technocratique et centralisée, pour nous retrouver au Vietnam, à la merci des éléments naturels et de l’initiative individuelle. Nous avons acheté hier nos billets pour Hanoï : départ dix heures de Nanning, arrivée prévue sept heures plus tard, soit 17h, au centre d’Hanoï, pour 300 yuans par personne, tout ça semblait parfait. Reinoud, notre hôte d’hospitalityclub, allait nous héberger pour une nuit ou deux, ou nous allions directement nous rendre à l’auberge honnête qu’il nous a recommandée. Puis ce matin, Philip a lu dans les journaux que des pluies torrentielles avaient provoqué plusieurs morts au Vietnam, dont quatre à Hanoï, que les rues de la capitale étaient sous un mètre d’eau dans certaines zones et, bref, nous nous sommes dit qu’il faudrait peut-être attendre un peu pour partir. Mais comment accéder à l’information ? Qu’est-ce que ça veut dire, des rues inondées ? Philip me dit qu’à Phnom Penh, il avait déjà pris le moto-concho sous la pluie, de l’eau jusqu’aux talons. Puis ce soir, un mail de Reinoud nous encourage à partir pour Hanoï demain – la situation dans le centre-ville n’est pas trop mauvaise, on devrait pouvoir atteindre l’auberge. On va donc partir, chassés par la déprime du Guangxi, par les perspectives de pluies torrentielles ici – pourquoi pas ? – et par le désir de poursuivre la route. Or comment, depuis Nanning, savoir si la route vers Ho Chi Minh City est fréquentable ou non ?

28.11.2009

Chine - 2 novembre 2008

Au Musée provincial du Guangxi, la Chine impérialistico-communiste célèbre ses minorités ethniques. Un jardin des nationalités présente, outre une énorme cloche en bronze Dong, une série de bâtiments correspondant au style de construction des Miao, des Yao et des Dongs. Kitsch régional, ou multiculturalisme interne ? Un homme fait des exercices de marche à l’intérieur d’une tour à tambour Dong, reproduisant exactement les mouvements de la femme que j’avais vu s’exercer dans un parc à Hong Kong. Trois jeunes femmes assises au milieu du pavillon sur des bancs en bois discutent et fouillent dans leurs sacs en plastique.

Les nationalités sont présentées surtout pour leurs costumes (en vente dans les magasins souterrains près de la gare) et leurs festivités. On fait l’éloge du grenier Yao – je lis sur le panneau « although the granary is away from the house, no one steals the grain, beacuse the Yao people are honest. » - mais on ne présente pas ni les structures sociales ou hiérarchiques, ni, moins encore, leur histoire ou celle de leur intégration dans l’Empire chinois, sans parler des résistances éventuelles. Est-ce une attente légitime ? Comment les choses sont-elles présentées en Europe ? On translittère le nom des rues d’une façon qui correspond au dialecte local, c’est déjà quelque chose. Et puis l’architecture traditionnelle est prétexte à construction dans le jardin – gratuit – du musée : des restaurants et salons de thé permettent au visiteur de s’y reposer ; des hommes pêchent dans le lac artificiel, abrités sous de grands parasols, la scène est calme et paisible. Plus loin, devant la réplique d’une maison villageoise Zuang tout en bois, deux citadines assises vendent des souvenirs ethniques – porte-bonheurs, poupées, chaussons et bourses en tissu brodé ; je ne les trouve guère différentes de ce qu’on trouve sur les marchés de Shanghai ou Beijing.

Au premier étage, exposition de poteries – sans doute exhumées par les archéologues locaux. Tout un mur est couvert de reproductions photographiques agrandies, dont une femme en pull-over rose prend une photo, téléphone portable braqué vers le mur, tandis qu’une femme de ménage en chemise bleue passe et repasse un large balai sur les carreaux du sol. Je retrouve la femme en rose dans la salle à côté – près de fragments d’assiette : elle a toujours le téléphone à la main, je pense qu’elle doit envoyer un message, ou peut-être la photo du pot vert agrandi, reproduit sur le mur. Puis je traverse une salle de calligraphies pour tomber sur deux hommes, les fesses en arrière, penchés sur une lame de bronze. Je m’arrête un moment devant la statue d’un cheval rieur, bouche ouverte, ensuite une photo montrant un chantier de fouilles, et deux hommes en costume qui pointent avec la main droite un morceau de bronze verdâtre au sol ; une laveuse, deux poules, deux vaches et deux chiens – les animaux symétriquement arrangés deux par deux ; les deux hommes, toujours les fesses en arrière, sont fascinés maintenant par une série de petits crochets noirs et dorés ; une femme en gilet vert, une garde, assise à côté d’un rideau jaune, tape un numéro sur son téléphone portable, et parle à je ne sais qui, quelque part. Un vieil homme sourit, deux autres gardes en vestes mauve et lilas m’ignorent, je vois deux chèvres assises en terre cuite et deux vaches, une blanche, une noire ; modèles de maisons, pots, vases, prélude médiéval à l’abondance de produits que la Chine manufacture aujourd’hui.

Je décide que j’ai passé suffisamment de temps dans ce musée provincial, et je vais m’installer au « Provence Lounge »,  gauche de l’entrée principale, en attendant Philip, heureux de connaître mieux la Chine et, demain, de partir au Vietnam. (Philip m’attendait sur un fauteuil à l’entrée du musée, je n’irai donc jamais prendre un verre au Provence Lounge). Dernière promenade autour du musée. Même impression qu’à Santo Domingo : bâtiments clinquants et shopping malls cohabitent avec les marchés traditionnels (on tranche le cou des canards en direct) ; restaurants et bars prétentieux, panneaux en anglais mal traduits (‘life lounge’). Franchises partout, KFC, Mac Donald’s ; on joue James Bond au cinéma local. Bref, une impression de déprime tropicale aggravée par la langueur des habitants, jointe à l’aliénation culturelle d’une province périphérique et frontalière, dont la capitale souffre d’une effrayante planification.

Pourtant, depuis le bus n°6 qui nous ramène chez Rachel, dans son immeuble à peine fini, devant le parc en construction, sur Mingzu Dadao, j’aperçois des lanternes rouges en devanture d’un magasin, sur une allée sombre qui s’enfonce depuis la rue principale, et je me dis, peut-être y a-t-il quelque chose, là-derrière, d’intéressant, peut-être est-ce qu’il vaudrait la peine de revenir à Nanning, et d’explorer cette allée. Peut-être est-ce moi qui projette un fantasme de Chine sur cette métropole obscure, ou peut-être est-ce un effet secondaire du voyage, que de s’attacher ainsi trop facilement aux lieux ? Si l’homme qui lit par-dessus mon épaule arrivait à déchiffrer mon français, qu’en penserait-il ?

27.11.2009

Vietnam - 1 novembre 2008

Premier signe visuel du Vietnam, à la station de bus de Nanning, une femme de ménage passe devant la vitre du KFC couvert d’un grand manteau de pluie jaune en plastique, et d’un chapeau pointu gris métallisé, sans doute imperméable.

Chine - 1 novembre 2008

Retour en Chine, Lang Dong, station de bus à l’est de Nanning, capitale du Guangxi. Le bus couchette est arrivé plus tôt que prévu, nous nous sommes installés au KFC pour prendre un café, en attendant que l’amie de notre hôte couchsurfing vienne nous chercher à 8h30. C’est le seul endroit dans toute la station qui dispose de chaises, mis à part un petit restaurant chinois. Musique d’ambiance New Age, odeurs de pancake, impression rurale : il pleut, nous avons vues sur les pentes d’une colline verte et, devant la vitre, une femme attend, valise à côté d’elle, en pantalons de jogging à rayures et talons aiguilles, un petit sac doré pendu sous l’aisselle gauche. Plus tard, à la Bank of China, nous changeons des dollars pour acheter nos billets vers Hanoï (300 yuans par personne, ils ne prennent pas la carte bleue). Trois guichets, dont un qui ne fait pas le change, une femme nous fait remplir deux papiers, puis nous faisons la queue : guichet deux, un homme compte et recompte des piles de billets, puis fait des piles de dix, pliant un billet autour de neuf autres. A côté, guichet trois, une vieille dame assise négocie je ne sais quelle étrange transaction superstitieuse avec la guichetière, elles s’échangent des billets de cinquante livres sterling, qu’elles observent toutes les deux par transparence, suspectant les déchirures, les plis ou les numéros de série. Sur la droite de chaque guichet, une machine interactive montre la photographie de l’employé, son nom, et une série de cinq étoiles, dont certaines allumées. Les clients votent grâce à des boutons, jugent la prestation satisfaisante, moyenne ou non satisfaisante, et la machine, selon la comptabilité des votes, fait monter ou baisser l’évaluation de l’employé. 27-11 Couchsurfing, province, mauvais goût, mondialisation, argent, service, superstition, évaluation

26.11.2009

Australie - 31 octobre 2008

Deux heures avant le départ pour Nanning, nous nous arrêtons prendre un café dans le Coffee Bookstore de Park Road que nous avions vu depuis le taxi le premier jour de notre arrivée. Livres d’occasion, surtout de l’anglais, sur les étagères et dans des boîtes, en piles. Comptoir chargé, jeune femme asiatique derrière, et, sur une ardoise, en lettres blanches et bleu clair, « Autumn Special, MOCHA CINAMMON COFFEE, $30 for each ». Musique de jazz en fond sonore, lumière électrique douce, on se croirait quelque part au centre de Melbourne, arrivés à destination.

Malaisie - 31 octobre 2008

Dans le parc de Hong-Kong, une immense volière enclot des oiseaux tropicaux venus d’Asie du Sud-Est. Une région qui, selon le panneau, s’appelle Malesia, et regroupe les îles de l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et la péninsule malaise. Accrochées à des branches, dans la volière, des mangues et des papayes ouvertes, où se nourrissent les oiseaux colorés.

Penser donc la Malaisie comme écosystème : forêts tropicales, oiseaux de paradis, Orangs Outans. Pays où l’on se rend pour la nature, exotique et sauvage ; comme on se rend en Australie. 

25.11.2009

Belarus - 31 octobre 2008

Après tous ces espaces transitoires, tous ces couloirs de gares et d’aéroports hors-sol, nous quittons Hong-Kong, au contraire, depuis la station de bus CTS, en pleine rue, derrière la station de MTR Wan Chai, à côté d’un MacDonald’s et de bureaux de change, et d’une échoppe à bubble tea. Nous sommes arrivés, comme nous l’avait demandé la préposée CTS à qui nous avions acheté les billets, trente minutes en avance, et nous attendons, sur la rue, dans une encadrure de porte, alors que sur le trottoir passent des milliers et des milliers de personnes en continu. Quelqu’un nous donne tout de même une fiche d’arrivée sur le territoire chinois – nous avions rempli la précédente à Manzhouli, dans le transsibérien. Je suppose qu’à Shenzhen, il y aura quelque rituel marquant le passage. La page de notre passeport qui fait face au visa chinois déborde de tampons. Je ne sais pas s’ils auront la place d’y mettre et ceux de sortie, et ceux d’entrée tout à l’heure. Est-ce que ce peut-être une raison de refuser l’entrée sur le territoire chinois ? Sans doute la foule, et la chaleur, et la légère grippe, et les sonorités du cantonais, je suis légèrement anxieux : si nous restions, pour toujours, coincés sur cette île ?

Le bus arrive avec vingt minutes de retard, ce qui ne calme guère mon angoisse – quoique la femme aux tickets soit là, devant nous sur la rue, son carnet de billets dans la main, communiquant avec je ne sais quel central téléphonique à l’oreillette. A la frontière, étrange rituel : nous nous arrêtons d’abord, côté Hong-Kong. Le bus déverse les passagers dans un bâtiment gris, on nous fait mettre en file, et file par file, on reçoit le tampon de sortie. Puis de l’autre côté, nous cherchons notre bus – déplacé de cent mètres, il nous attend. Nos places ont été prises, on s’installe au fond, vient une famille qui devait être assise là, qui parle et nous jette des regards désagréables.

Après avoir passé la frontière chinoise, à Shenzhen, on se retrouve face à toute une série de bus alignés. Nous demandons « Nanning ? » Les femmes en costume nous dirigent pus loin ; nous ne comprenons pas ce qu’elles disent. Entre temps, nous avons fait connaissance avec Chris, un américain qui vit à Nanning et voyage avec nous. Nous profitons de la confusion pour aller aux toilettes, à la sortie, Philip nous montre un mini-bus qui part, un chinois lui aurait expliqué que le bus pour Nanning est ailleurs, qu’il faut aller le rejoindre en minibus. Je fais confirmer la chose en chinois, suspicieux, nous revenons au point de départ ! Une chinoise qui se rend à Nanning aussi nous rejoint, quelqu’un nous confirme en anglais qu’il faut prendre un minibus, ce que nous faisons. Puis nous trouvons le bus qui nous avait attendu, nous nous allongeons, nous nous étalons sur quelques lits vides, et l’on nous distribue petite bouteille d’eau d’abord, suivie d’une canette de congee, sur l’étiquette rouge de laquelle, une femme nous sourit.

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