16/01/2010
Malaisie - 20 novembre 2008
Composition religieuse / ethnique de la Malaisie : chinois bouddho-tao-confucianistes, indiens hindo-bouddhistes, anglo-américains chrétiens, malais musulmans. Sans compter les autres minorités et les cas de conversion personnelle. Au bout de la péninsule asiatique, s’y rencontrent les civilisations de l’Océan Indien – arabes, indiens, commerçants et navigateurs – et celles de la mer de Chine, Japonais, Chinois, Vietnamiens, Philippins, Coréens, etc. Les grandes villes, comme Singapour, ont deux quartiers de commerçants étrangers, chinois, indiens. Je n’y suis pas encore, mais depuis les ruines khmères d’Angkor, je m’interroge sur les distinctions de ces deux peuples, de ces deux aires culturelles. On franchit une frontière entre le Vietnam et le Cambodge, esthétique, éthique, politique. Idéogrammes / alphabet, écrit / oral, erreur / faute, costume / danse. Beaucoup de ces oppositions sont artificielles. Deux m’intriguent cependant, au vu des inscriptions sanscrites sur les parois des temples antiques de Rohinos. Qu’est-ce qui distingue un alphabet d’un système idéogrammatique ? Un alphabet reproduit les sons du langage oral. On peut, théoriquement, retranscrire par analogie des mots qu’on ne connaît pas, sans vérifier auprès des aînés que la transcription correspond à la règle. Avec les idéogrammes, il faut imiter les données du passé. L’enseignement du système de transcription sera plus long.
La structure des langues est aussi différente : nombreux homonymes en Chinois, paronymes plus nombreux encore, encourageant les jeux de mots à l’oral ; caractères apparentés, de même, encourageant les jeux de mots à l’écrit. D’où ce qu’on appelle, peut-être, « art de l’allusion ». La langue sanscrite déclinée, non tonale, n’offre pas toutes ces possibilités allusives. Mais peut-être autorise-t-elle une plus grande verve. Un livre que le lisais hier traçait une distinction nette entre le Cambodge et la culture khmère, civilisation de l’oral où dominait le beau parleur inventif, et le Vietnam, pays de tradition confucianiste où régnait le lettré, l’homme qui connaît par cœur la tradition du passé, les textes classiques.
Différence encore avec le monde musulman. Car en Chine, il s’agit de préserver une langue hyper-codifiée par le système des idéogrammes. Il n’y a cependant pas vraiment de parole ou de texte sacré, qu’il faille utiliser comme étalon du temps présent. Les textes classiques eux-mêmes sont parfois des commentaires, et l’art du mandarin, c’est, après des années d’étude imitative, de reproduire l’acte de création, de produire à son tour des commentaires par leur forme semblables à ceux de l’origine. Il s’agit donc d’adapter la parole au temps, sans toucher à la langue : « sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques » ; tandis que le respect coranique exige un retour à la parole source, définitive. Mais tous deux vont travailler la poésie. L’Inde, plutôt le théâtre et la danse, et la tradition anglo-chrétienne, le roman.
Cela ne tient pas aux faits ; ces généralisations sont fausses ; et pourtant, je voudrais saisir ce qui distingue l’alphabet de l’idéogramme, et les quatre religions qui se rencontrent en Malaisie.
01:42 Publié dans Malaisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : multiculturalisme, océan indien, frontière, chine, inde, alphabet, esthétique, idéogramme, mémoire, reproduction



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