16.12.2009

Cambodge - 9 novembre 2008

La mort en Asie du Sud Est : à Hué, nous visitons le mausolée de l’empereur Tu Duc, poète, qui pendant quinze ou dix-huit ans, venait ici pour écrire des poèmes et méditer, sachant qu’il y serait enterré. Morbidité des lieux, que n’aide pas la pluie. Mais les morts sont partout présents : tombes anarchiquement éparses dans la campagne, autels aux ancêtres dans les maisons, les églises et les arbres. Et les vivants qui, si je comprends bien la tradition bouddhiste, sont la réincarnation des morts. Au Cambodge, seront-ils plus présents encore qu’au Vietnam ?

Comme pour confirmer la présence des morts, tout à l’heure, Thao – pourtant officielle athée, n’a pas voulu que j’achète les bananes jaunes au marché, commentant « they’re for dead people. »

08.12.2009

Cambodge - 5 novembre 2008

Vestiges de l’Indochine française : un nombre importants de cartes, aux murs des agences de voyage ou des librairies, sont coupées de telle façon qu’elles sont centrées sur l’ex-Indochine, le Vietnam, Laos et Cambodge – au contraire, d’autres centrées sur le Vietnam, coupent la moitié du Cambodge, et montrent à la place une grosse portion de mer, jusqu’aux première îles des Philippines. Sur les premières, les trois pays sont en couleur – la Chine et la Thaïlande, elles, en grisé. Les voyageurs que j’ai croisés, dont j’ai surpris les conversations, sont allés visiter Phnom Penh, Angkor ou le Laos ; beaucoup plus rares sont ceux qui, franchissant la frontière nord, se sont rendus en Chine. Deux mondes touristiques différents, l’Asie du Sud Est, et le monde chinois.

16.11.2009

Cambodge - 28 octobre 2008

Le segment d’Hô Chi Minh City à Phnom Penh devait être le seul du voyage où nous prendrions autre chose que le train. Mais nous avons aujourd’hui choisi de prendre un bus directement de Hong Kong à Nanning, car on ne peut pas acheter les billets de trains pour Nanning ailleurs qu’à Shenzhen ou Guangzhou, à moins de s’y prendre sept jours en avance – quoi qu’ils ne soient pas accessibles en Chine plus de cinq jours avant – bref, la complexité du système de réservation nous a fait renoncer au rail pour la route, comme nous avions fait déjà d’Harbin à Beijing, débordés par les vacanciers de la fête nationale.

D’une certaine façon, la cohérence d’un voyage par voie de terre demeure ; et surtout, j’avais pensé ce voyage en train comme une sorte d’hommage à mon grand père de Lorraine, conducteur de trains ; la route me fait prendre conscience que mon autre grand-père conduisait des camions ; et que je descends donc d’une famille de transporteurs, gens qu’on paie pour déplacer les choses et les personnes. Rouages nécessaires dans les mécanismes de l’échange. Aujourd’hui, je réfléchissais à l’Australie comme pays portuaire. Avec mon héritage de transporteurs, je vais pouvoir, j’espère, y trouver ma place.

11.11.2009

Cambodge - 26 octobre 2008

Paradoxe des fêtes au Cambodge, il y a du 9 au 12 un grand festival à Phnom Penh, et Qiu Yi, l’amie de Philip qui va nous y accueillir, nous a conseillé de venir avant, pour l’éviter, car elle ne sortira pas de chez elle : une grande fête, à Phnom Penh, ce sont des morts, sans compter les accidents de moto – comme à Naples au Nouvel An.

24.08.2009

Cambodge - 26 septembre 2008

« Géopolitiquement », par le jeu des frontières communes, le Cambodge est à la même distance de Moscou que la France – deux pays seulement les séparent. C’est moins surprenant quand on pense aux étranges églises à bulbes, aux plafonds peints multicolores, avec des couleurs qu’on attendrait plutôt dans les temples indiens.

10.08.2009

Cambodge - 23 septembre 2008

Au cours du repas, pendant que nous racontions notre itinéraire à Marcin et Anya, Philip a parlé d’Angkor Wat. Il y a trois forfaits, un jour, trois jours, ou sept jours. Nous y resterons sans doute trois jours, le temps d’explorer aussi les temples moins visités.

24.07.2009

Cambodge - 17 septembre 2008

Il faut, pour trouver la monnaie cambodgienne, cliquer sur le lien « autres monnaies » du convertisseur en livre XE. Le Riel, KHR, ne fait pas partie des 80 devises les plus communes. Il faut, au 17/09/08, 6000 riels pour faire un euro.

13.07.2009

Cambodge - 9 septembre 2008

Bizot parle dans Le Portail des initiatives du gouvernement français pour aider les ressortissants bloqués à l’ambassade de Phnom Penh après la « libération » du Kampuchea par les communistes. On essaie d’envoyer, depuis Bangkok, un gros porteur, pour amener vivres et médicaments, et pour évacuer femmes, enfants, malades, avant les autres.

Etrange prérogative des citoyens du premier monde : ils peuvent aller partout, s’installer, investir sur place : en cas de problème, la collectivité se donnera du mal pour les évacuer. Ce ne sont plus les individus qui doivent soutenir la communauté, mais l’inverse. Ou faut-il y  voir autre chose, la défense des femmes et des enfants par les hommes, ou le rachat, dans l’antiquité, d’esclaves-citoyens prisonniers par leur cité ?

Car la réflexion qu’ouvrent les événements de la « libération » du Cambodge – ne disait-on pas que Pol Pot avait voulu mettre en place in extenso le programme de La République – c’est les rapports entre liberté, politique, et statut de citoyen, membre d’une « cité ».

 

10.07.2009

Cambodge - 6 septembre 2008

Bizot fait le récit du sac, le 19 avril 1975, de l’Ecole Française d’Extrême Orient à Phnom Penh. On brise un xylophone, on brûle des livres ; il explose finalement quand on foule aux pieds la poupée de sa fille, et fait reculer un jeune garde khmer rouge qui piétine ses plantations, devant lequel il invoque les générations futures.

En somme, il représente la révolution comme une simple rage destructrice adolescente. On fait de même avec la Révolution Culturelle en Chine. Aujourd’hui la critique semble aller de soi : bien sûr, il fallait canaliser ces forces adolescentes, et résister à leur fureur aveugle. Peut-on, pourtant, faire preuve d’empathie sentimentale et politique ; peut-on justifier adolescents qui crient « je veux occuper cet endroit, maintenant, qu’encombrent vos vieux livres inutiles. »

Est-il né quelque chose de bon, de la révolution khmère rouge, comme de la révolution culturelle ?

09.07.2009

Cambodge - 5 septembre 2008

La lecture du Génie du Christianisme pourrait être tout à fait féconde pour ce voyage en Asie que, d’une certaine façon, j’entreprends aussi comme méditation sur les révolution politiques du XXe siècle. Il est fréquent, en Europe, de critiquer le christianisme et la morale judéo-chrétienne, les croisades, etc. Mais il peut y avoir, dans une éducation chrétienne stricte, par méditation sur les souffrances du Christ et développement de l’empathie, quelque chose de positif : on protège, sans doute, ainsi l’enfant contre d’autres endoctrinements.

Dans Le Portail, Bizot raconte la façon dont, prisonnier lui-même, il prend sous son aile une petite fille, ramenée au camp par son père prisonnier. Il se démène pour lui procurer du lait et la faire manger. Les Khmers Rouges, les gardes disons, l’adoptent ensuite, et lui parlent. Un matin, la petite fille vient voir François Bizot juste après qu’on lui a mis les fers. Elle vérifie le jeu de la chaîne – il triche un peu pour n’être pas trop serré. La petite fille carresse la cheville meurtrie, puis revient avec des clés, et resserre la chaîne. Parce que c’est un ennemi potentiel, ou parce que c’est la consigne. La Morale Judéo Chrétienne, peut-être, arrêterait ce geste.

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