09.12.2009

Indonésie - 5 novembre 2008

Mon oncle Marcel disait des hollandais qu’ils aiment uniquement l’argent. Nous venons de prendre un verre de bière avec Reinoud, hollandais d’hospitalityclub qui nous avait indiqué l’adresse du Real Darling Guesthouse, Hong Quat Street, Hanoï. Il nous a beaucoup parlé d’argent.

Nous l’attendions dans le hall de la pension – il est venu d’en face, un petit restaurant de soupe pho « I was having dinner, it’s very cheap here, » puis il nous a demandé ce que nous faisions. Quand Philip a dit qu’il enseignait l’anglais à Paris « How much did you make ? »A propos des prix : « Everybody cheats here. » L’eau : « How much did you pay ? 8000, that’s too much, it’s 6000. I will show you a supermarket, it’s only 5000 there. » Puis il nous a menés jusqu’à un sympathique Bia Hoi, bar à bière sur la rue ; qu’il ne nous a pas présenté comme sympathique ou typique, mais comme « pas cher, 3000 dong la bière. »

Il est à Hanoï pour business – import export de meubles vietnamiens vers les Pays-Bas. Pour se nourrir, il enseigne l’anglais, comme tout le monde en Asie. Mais une chose le turlupine ici : les filles. Difficiles d’approche, et pourtant séduisantes, mais il faut être patient.

Puis il nous demande « did you get stuff in China ? » Nous le regardons, légèrement interloqués. « You know, stuff you can get in Holland ! » Marijuana, bien sûr. Il nous dit fièrement qu’il s’en est procuré tant en Chine qu’au Vietnam, puis raconte ses aventures à la frontière Afghano-pakistanaise : une famille qui l’accueillait à Peshawar, un kamikaze d’Al-Qaeda, l’herbe qu’ils ont fumé dans le grenier d’une auberge, et les dix grammes qu’il s’est procuré pour 10 euros.

Je me dis : serait-ce la clef du succès commercial de la Hollande ? Qu’ils savent comment se procurer femmes, alcool et drogues au meilleur prix – marchandises qui, somme toute, sont les plus prisées ? Dans les îles aux épices, à Java, sur la route des Moluques, est-ce que les marchands hollandais ne parlaient que prix du poivre et de l’opium, en s’échangeant les techniques de séduction permettant d’enfiler les malaises, les chinoises et les javanaises ?

03.12.2009

Indonésie - 3 novembre 2008

Jean-Claude Van Damme, héros belge ? 

 

25.08.2009

Indonésie - 26 septembre 2008

J’avais décidé d’inclure l’Indonésie dans ce projet, bien que nous n’y passions pas finalement. J’ai oublié d’y parler de la Belgique, traversée quelques heures, de nuit, le vingt septembre, entre la France et l’Allemagne. Par l’intermédiaire, peut-être spécieux, des Pays-Bas colonisateurs en Indonésie, je parlerai, dans ce carnet, du Bénélux, autant que du chapelet d’îles indonésiennes.

06.07.2009

Indonésie - 4 septembre 2008

J’ai pris connaissance de l’Indonésie de façon très vague, par l’intermédiaire d’Amsterdam et des cacahouètes.

Mon père, lorsque j’avais neuf ou dix ans, sortait avec une hollandaise, ex-mannequin, vivant à Strasbourg. Nous sommes allés passer avec elle une semaine aux Pays-Bas, dans un Central Park, essentiellement, mais aussi, de passage, chez sa mère, à côté d’Amsterdam. Elle aimait les frites à la mayonnaise et les hamburgers Mc Donald’s, et me parlait avec enthousiasme des « soft ice » hollandaises, mais, je me souviens, nous avons aussi mangé des plats indonésiens là-bas. Je n’en ai pas de souvenir précis, mis à part les brochettes à la sauce de cacahouètes.

Mon père s’est ensuite séparé d’Edith et je ne suis plus retourné en Hollande jusqu’à l’automne dernier – Rotterdam, Amsterdam, La Haye, Delft, avec Philip.

De retour en France, j’avais gardé souvenir de cette nourriture que, par Edith interposée, je trouvais familière. Mais il n’y avait alors pas un seul restaurant d’Indonésie à Strasbourg. Et même à Paris, quand j’allais chez mon père, je crois n’avoir jamais osé lui demander l’indonésien, peut-être par délicatesse envers son histoire avortée, peut-être par timidité d’enfant, peut-être encore par distraction. Je suis resté, donc, longtemps sans remanger de cette sauce aux cacahouètes.

J’en ai, puis, remangé, dans un restaurant près de l’Odéon, quelques années plus tard, avec Jean-François, juste après avoir vu cet étrange film thaï en deux parties, la première montrant une histoire d’amour homosexuelle à Bangkok, et la seconde, une sorte de traque entre deux hommes, dont un tigre-shaman, dans la jungle. Alors, j’ai regoûté la sauce aux cacahouètes. Nous nous sommes séparés quelques mois plus tard.

En Australie, plus tard, il y avait abondance restaurants indonésiens, malais, javanais, que ce soit à Melbourne, à Sydney, ou même, je crois, dans le Chinatown d’Adelaide. C’est, après tout, le pays le plus proche. Autre connection, George, ancien copain de Philip, stockbroker à Melbourne, héritier d’une riche famille chinoise à Surabaya.

Surabaya, que je connaissais comme un nom seulement – Surabaya Jenny de Brecht – est donc devenue pour moi bien réelle, une ville où vivent des individus, des familles où se font des affaires, où l’on se marie, d’où l’on part en Australie, où l’on sort avec l’homme qui partage ma vie.

J’y retrouve une allusion dans un livre que j’ai lu pour « préparer le voyage », Lac Noir de Hella S. Haase, écrivain colonial néerlandais. Le livre raconte l’enfance et l’adolescence de deux garçons, le narrateur, hollandais, fils de planteur, et son compagnon de jeu du même âge, Oeroog, qui finit par militer pour l’indépendance et devient médecin.

Littérature coloniale, récit des mystères de la plantation, paradis de l’enfance, amitié rompue par la politique et les duretés raciales : on y retrouve tous ces poncifs. Plus intéressant – quoique sans doute guère plus original – je note ce petit discours d’Oeroog, vers la fin du livre, alors qu’il annonce au narrateur les raisons pour lesquelles il refuse d’entrer dans l’administration coloniale pour obtenir une bourse d’étude : « L’homme des dessa, le petit peuple, a été maintenu intentionnellement dans l’abrutissement… Vous aviez intérêt à empêcher ces hommes d’évoluer. Maintenant, cela appartient au passé. Nous allons nous en occuper. Ils n’ont pas besoin de marionnettes Wajang, de gamelan, de superstition et de doekoen. Nous ne vivons plus au royaume de Mataram et Java n’a pas à ressembler à une image de carte postale pour touristes. A quoi vous sert tout ce fatras ? Le Boroboedoer n’est qu’un tas de vieilles pierres. Qu’on nous donne des usines, des navires de guerre, des cliniques et des écoles modernes et la possibilité de prendre en main nos propres affaires. »

Discours situé, bien sûr, marxisme indépendantiste des années 40, retranscrit par l’auteur. Mais il est néanmoins intéressant, ce rejet du passé national, assimilé, semble-t-il, au colonialisme. Et c’est d’autant plus intéressant que le discours est tenu par un musulman, qui partage la maison d’un camarade non seulement musulman, mais même arabe, au nom d’Abdullah. Car il est question de rejeter le Boroboedoer, temple bouddhiste, et de sortir des superstitions locales – pourrait-on l’interpréter comme désir d’affirmation d’indépendance nationale-musulmane, comme « colonie non-occidentale » ? Autrement dit, désir d’entrer dans un autre réseau, proche du monde arabe, et non de l’Europe exclusivement ? Ces revendications sont-elles toujours articulées ?

Et la préservation de la culture locale, cette extase devant les masques, la musique et les danses traditionnelles, sont-elles une forme de néo-colonialisme paternaliste ? Ou d’un conservatisme folklorique idiot ? C’est à voir, à creuser.

23.06.2009

Indonésie - 28 août 2008

Si l’on prend en considération les frontières maritimes, l’Indonésie est un des quatre pays frontaliers de l’Australie, avec la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Timor Oriental, et la France. Je ne crois pas que la Nouvelle-Zélande soit suffisamment proche… mais peut-être par quelques ilôts.
C’est tout de même curieux, cet archipel, dont les frontières sont toutes maritimes, à l’exception de celle, au milieu de Bornéo, avec la Malaisie, et l’autre, avec la Papouasie-Nouvelle Guinée (donc, deux frontières terrestres, en fait).

29.05.2009

Indonésie - 17 juillet 2008

Coup d’Etat, Suharto remplace Sukarno. L’Indonésie, de pays dynamique, leader des non-alignés, riche et socialisant, devient un pays néo-libéral qui s’appauvrit. Les ressources (pétrole, mines) sont confiées à des sociétés étrangères, qui rapatrient les profits dans d’autres pays. Néo-colonialisme. Alors qu’en Australie, de l’autre côté du bras de mer qui les sépare, les richesses sont gérées par des compagnies nationales, ou des multinationales taxées, de sorte que les profits sont investis ou redistribués sur place. Post-colonialisme.

28.05.2009

Indonésie - 15 juillet 2008

Pris aujourd’hui les billets de Singapour à Perth. Nous éviterons donc l’Indonésie. Raison : le coût. Le détroit de Singapour, semble-t-il, souffre des pirates. Il n’y a pas de connections Singapour-Djakarta pour les passagers, pas plus que de Bali-Darwin par bateau. Quant à l’avion, s’il sagit de prendre l’avion, le voyage peut tout aussi bien s’arrêter plus tôt. Singapour, donc, sera notre dernière étape avant l’Australie. Dernier point de la péninsule asiatique non insulaire.
Etrange, que j’aie fait entrer l’Indonésie dans ce projet de voyage en train, comme s’il n’y avait pas la mer entre Singapour et Sumatra, Sumatra et Java, Java et Bali. Comme s’il y avait continuité terrestre entre l’Asie et l’Australie. Mais je vais, petit à petit, prendre conscience que j’émigre sur une île, en prenant conscience que je ne visiterai pas l’archipel qui l’unit à l’Asie.

09.05.2009

Indonésie - 17 juin 2008

Migrations. Les royaumes d’Indonésie se sont formés sur des îles, où les hommes ne sont pas spontanément apparus, mais qu’ils ont colonisées, comme aussi les îles du Pacifique. Puis c’est le transfert des formes, et notamment, des formes de l’Inde : Islam, hindouisme ; et l’architecture des temples, et le vocabulaire du pouvoir.

02.05.2009

Indonésie - 7 juin 2008

Il semblerait que le président de l’Indonésie vienne de faire arrêter un groupe musulman radical qui s’en prend à une secte modérée, laquelle soutient que Mahomet n’est pas la seule voie d’accès à Dieu. Lecture ouverte, œcuménique du Coran, mais que permettent certains versets : Dieu aurait envoyé différents prophètes à chaque peuple, Mohammed pour les arabes, Moïse pour les juif, et le Christ… pour d’autres. Il faudrait que j’aille voir plus précisément comment ils articulent leur position. Mais – politiquement – ils sont soutenus par le gouvernement modéré (sur le plan religieux) de l’Indonésie – avec la bénédiction des Etats-Unis. Le Pakistan comme l’Arabie Saoudite les interdisent, et voudraient qu’ils disparaissent internationalement.

Si l’Indonésie devenait le lieu – l’un des lieux – d’un autre guerre de religion, inter-musulmane, opposant les mahométans stricts aux oecuménistes ? Et quelles en seraient les conséquences ?

24.04.2009

Indonésie - 27 avril 2008

Conférence de Bandoeng et mouvement des non-alignés : l’Indonésie de Sokarno comme leaders du monde post-colonial.
D’abord soumise aux Hollandais – que les élites cultivées de Djakarta ridiculisaient pour leur primitivisme et leur barbarie, mais qui détenaient des armes puissantes – l’Indonésie se libère après la IIe Guerre Mondiale. Influence japonaise ? Déclin de l’Europe ? Influence communiste ?
En Australie, quand je deviendrai citoyen, l’Indonésie sera le voisin le plus puissant. Je ne connais rien de ce pays que les Rijstaffel, et quelques images d’Epinal, gamelan, danses balinaises, et cuisine aux cacahouètes.

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