14.12.2009
Pologne - 9 novembre 2008
Restes des missionnaires français, nous allons à la messe du dimanche à l’église du Rédempteur d’Hué. Style cubiste, elle m’évoque bizarrement la basilique Notre Dame d’Higüey. Odeurs d’encens asiatique, plus âcre que celui d’Europe ou du Moyen-Orient. Sur un côté, je vois une petite salle fermée de grilles. De chaque côté, des étagères portant de petites boîtes avec une photo. Urnes d’ancêtres, adorés par l’Eglise, amusant syncrétisme. Est-ce que les catholiques ont aussi récupéré le culte des arbres ? Hier soir, je montrais un autel monté dans un énorme arbre tropical à côté de la cuisine où nous mangions avec Thao. Je pensais qu’il s’agissait uniquement d’une variante sur l’autel commerçant habituel. Mais il s’agit d’une autre tradition, d’après Thao, vénérant l’esprit de l’arbre ; et passant dans la rue, nous avons vu d’autres arbres similaires. « Il ne faut pas parler près de l’arbre, on risque de l’offenser », nous a-t-elle prévenu.
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04.11.2009
Pologne - 23 octobre 2008
En Pologne, on enlevait des enfants pendant la deuxième Guerre Mondiale, explique Nancy Huston lors de la rencontre organisés par l’Institut franco-japonais de Tokyo. On faisait la même chose en Ukraine et dans les pays baltes. Une génération volée, comme les aborigènes d’Australie. Elle pleure sur ces enfants, qui par l’histoire ont dû se construire plusieurs identités. Plus tôt dans la rencontre, elle a dit « je crois qu’on est multiple ». Elle parle de comédie, mais ses romans, d’après ce que j’en entends, me semblent relever plutôt du mauvais drame, par excès de sentiment. Maintenant, Nancy parle d’une amie chanteuse, et travail de la voix. « Son chant m’accompagne », elle dit ça sans humour, elle est ridicule.
Son ridicule tient à ce qu’elle croit au symbolisme qu’elle propose. On donne du sens, on cherche du sens – dit-elle – c’est une caractéristique humaine. Peut-être. Et l’humour – celui que déploie Gombrowicz, et d’autres – consiste à rire du sens qu’on projette partout ; conséquence, à ne pas croire absolument au sens qu’on projette sur les choses. A ne pas trop compter sur l’émotion ; puis à n’aimer pas trop l’enfance. Elle parle de sa première rencontre avec l’école primaire. Son mari, lorsqu’elle l’a rencontré, avait un enfant, qu’elle devait chercher à l’école. A vingt-cinq ans, Nancy Huston raconte qu’elle était tout effrayée par l’école primaire, les couleurs, les images, et l’activité grouillante. Puis, dit-elle, heureusement, elle a vu la beauté de cet homme qui s’occupait de son enfant. « Quittant ses certitudes d’adulte », elle a redécouvert la beauté de l’enfance. Que n’a-t-elle relu Ferdydurke, ou La Vie est ailleurs ? Elle aurait fui cet homme cucul, serait devenue bien meilleur écrivain. Mais voici qu’on fait des jeux de mots sur le titre du livre : en ajoutant « m », à failles, Lignes de faille devient « lignes de famille ». Nancy n’est pas contre, elle dit « line », en anglais, peut signifier ligne et lignée. Puis elle parle déterminisme. Elle ajoute, inconscient, psychanalyse, déterminisme, et je me dis, cette femme, cette ancienne féministe, a-t-elle finalement cessé de croire à la liberté ?
Mais pour y croire – sous sa forme polonaise, comique, peut-être faut-il aussi croire en Dieu ? Peut-être y a-t-il un comique spécifiquement catholique, italien, polonais, qui repose à la fois sur la possibilité du pardon et sur la liberté que donne la foi – libération des déterminismes à la fois psychologiques et familiaux. Mais Nancy Huston y croit-elle ? Et ne croyant pas à la liberté, ni la tragédie, ni cette comédie supérieure ne lui sont accessibles, uniquement le drame, ou la farce. Et c’est pourquoi je la trouve ridicule, et triste, et facile.
Poser l’enfance comme moment du vrai – poser l’émotion comme critère du juste – poser l’émotion comme critère du juste – errements dont je crois qu’elle est coupable, et contre lesquels préviennent Gombrowicz et Kundera. Polonais, Tchèque, partageant presque la même langue. Et quand j’entends cette femme, je repense à Kundera narrant avec humour les décalages de réactions qu’il a pu noter à Paris. Nancy dit maintenant que les écrivains lisaient trop de philosophie, qu’on oublie l’enfance, et qu’il faut d’abord observer comment se fait le soi. Comme si, vraiment, l’enfance était plus vraie, plus juste et plus déterminante que la religion, que l’âge adulte, et que les décisions conscientes. Comme s’il fallait juger les gens sur leur enfance.
Elle incarne en somme un esprit de sérieux parisien, terriblement bien-pensant, consensuel, conformiste, et dont l’intelligence inquiète engendre, au final, un chapelet monotone de banalités bêtes.
01:14 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sérieux, ridicule, humour, cliché, kitsch, banalité, comédie, ère du soupçon, émotion, enfance
14.10.2009
Pologne - 16 octobre 2008
Je retrouve la religion catholique à Shanghai, dans la cathédrale Xijiahui. A peine entré, je m’assieds, et fais des prières pour ma grand-mère, que j’imagine à l’âge glorieux, dans le manteau de la Vierge Marie, jouant enfin, comme dans ses rêves d’enfant, « funiculi funicula » sur un accordéon. Bien être architectural, un espace qui me calme, alors même que je suis en Chine, où je retrouve les signes familiers, le néo-gothique et l’autel, et les vitraux – même les écrans de télévision Toshiba placés au coin des poteaux d’angle, à la croisée de transept, et sur lesquels on lit, sous la marque Toshiba, « dramatic theatre ». Même le geste exagéré du saint qui, sur la gauche de l’autel, pointe un livre ouvert où sont écrits le mots « ad majorem dei gloria », ou les mains levées de cette autre statue nimbée, sur la droite, et qui brandit une croix noire dans la main gauche. Ming est assise dans la nef, adorable dans sa robe fuschia, et patiemment regarde en l’air, tandis que Philip et moi profitons avidement de cet environnement spirituel familier.
Je me souviens qu’en France, on décrivait la Chine comme terre de mission, lieu d’expansion probable du catholicisme. Est-ce que Jean-Paul II, lors de son mandat, s’est déplacé jusqu’à Shanghai ? Est-ce que Benoit prévoit de le faire ? Comment les autorités communistes acceptent-elles les catholiques aujourd’hui ???
Nous voyons en sortant des images de la congrégation : les officiants, comme la plupart de l’assemblée, sont chinois. Ce n’est pas une église d’expatriés. Le christianisme a pris racine.
Face à la cathédrale, deux couples de mariés se font prendre en photo.
01:43 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, catholicisme, familiarité, architecture symbolique, prière, mission, kitsch
10.10.2009
Pologne - 15 octobre 2008
J’associe maintenant la Pologne au passage d’un fleuve ; et la vieille ville, le familier, l’Europe, se trouve à l’ouest, mais je vais vers l’est. A Shanghai, je retrouve la même structure. Assis dans un café japonais sur Pu Dong – Rive est de la rivière Huang Pu – je regarde Pu Xi, derrière laquelle se couche le soleil. C’est là qu’est le vieux Shanghai, la ville coloniale et le Bund. Je suis passé de l’autre côté, dans un espace différent, près d’un immeuble en construction ; c’est un élégant centre commercial courbe, avec une musique d’ambiance agréable, et des marques internationales : H&M, UniQLO, Sephora. Face à nous, les lumières de Shanghai s’allongent. De l’autre côté, 15 ou 20 km à l’est encore, le Pacifique, et de l’autre côté, par dessus, peut-être, un ilôt japonais, la Californie. Dans le centre commercial, je croirais presque y être arrivé. J’ai traversé le continent, de la Seine au Yangzi. Bientôt, je vais laisser aussi la Chine, et Shanghai. La direction du voyage a changé. Depuis Beijing, nous allons vers le sud, et jusqu’en Australie, ce sera notre direction. Puis à Melbourne, où la ville n’est pas structurée est/ouest, mais nord/sud.
J’entre aussi dans d’autres structures nord/sud. Ming nous explique, en Chine, que le Yangzi sert de frontière pour les opérateurs téléphoniques : les compagnies du nord et du sud se font la guerre. De même pour les accents, pour le mode de vie, l’utilisation du chauffage l’hiver, etc. Même chose au Vietnam, entre l’Annam chinois et la Cochinchine plus indienne ? Et, peut-être, entre la Corée du Nord et la Corée du Sud ? L’opposition communisme / capitalisme, ici, n’est pas structurée ouest/est, comme en Europe, mais Nord/Sud (et même en Chine, j’ai l’impression que le sud est plus commerçant, peut-être aussi plus réticent au centralisme bureaucratique mis en place par le régime communiste, car de tradition commerçante, et par la façade maritime en relation plus étroite avec le reste de l’Asie, jusqu’au monde arabe, et même à l’Europe.
01:24 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : points cardinaux, directions, orientation pacifique, californie, nordsud, communisme, commerce, relations commerciales
01.10.2009
Pologne - 12 octobre 2008
Nous avons traversé dans notre voyage plusieurs grands fleuves, dont la Vistule était le plus marquant depuis le train. Nous venons maintenant de dépasser le Yangzi, nous sommes en Chine du Sud. Mais nous n’avons presque rien vu que les lumières d’un bateau se reflétant sur les vagues et des bouées fixes indiquant les chenaux de circulation, rouge et vert. Nous allons maintenant suivre la rivière à droite de son cours, et dans une heure trente, à Shanghai, retrouver pour la première fois la mer depuis notre départ.
Cette route que nous suivons, c’est aussi celle des juifs, rencontrés à Berlin, qui devaient, à Nanjing, sentir un grand soulagement : l’exode prenait fin, la phase d’installation pouvait commencer. Nous avons, par hystérie mimétique ou fantasme, le même sentiment. Philip a baptisé Shanghai « The Melbourne of China ».
09:39 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : frontière, fleuve, nostalgie, familiarité.
27.09.2009
Pologne - 10 octobre 2008
A Beijing, soirée d’expats, orchestrée par notre hôte philippin. Des américains, des européens du nord ouest (Allemands, Danois, Français), mais pas de Polonais, de Tchèques, de Lettons, de Slovènes ou de Bulgares ; pas non plus d’Italiens, de Grecs ou de Portugais. L’Europe des expats, et l’Europe des migrants, c’est ainsi que Philip a résumé la chose. D’un côté, ceux qui maîtrisent la langue globale, et vont l’enseigner, ou profitent des bénéfices qu’apporte la mondialisation. De l’autre, ceux qui vont s’installer, de façon stable, à l’étranger, parce que la situation chez eux n’est pas prometteuse, qu’ils n’ont pas de perspectives, pas d’emploi, pas d’argent. Deux Europes, donc, toutes les deux bougent, mais différemment.
09:12 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, expats, migration, anglais, mondialisation, couchsurfing
11.09.2009
Pologne - 5 octobre 2008
J’étais étonné, dans Varsovie, de voir à quelle vitesse la société de consommation à l’occidentale avait pénétré la Pologne. En voyant Hard Rock Café, centre commercial en verre, H&M, Sephora, KFC et d’autres signes extérieurs d’occidentalisation, j’étais surpris du changement, par rapport à la société communiste en pénurie constante que j’imaginais avoir existé dans ce même pays vingt plus tôt. Je suis à présent dans un grand magasin de Harbin, attablé devant une tasse d’expresso, près du grand vide central, au premier des cinq étages dédiés à l’habillement, cosmétiques et linge de maison. Des mannequins blancs me jettent un regard charmeur, vêtus en Ralph Lauren ou Armani ; certains font de la publicité pour des marques moins connues (chinoises, je suppose, aux noms occidentalisés) : Crocodile ou Callisto. Néanmoins, n’étaient les caractères et la ligne de cocktails au lait verts, oranges et blancs sur le bar, je pourrais sans problème imaginer que je suis aux Galeries Lafayette. A cent mètres d’ici, je sais qu’il y a des poules dans la rue.
01:13 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mode, consumérisme, occident, mondialisation, familiarité
03.09.2009
Pologne - 1 octobre 2008
De Pologne, il nous reste, avant de passer la frontière chinoise, une boîte de « sardynki w sosie pomidorowym » (sardines à la tomate), une tranche de chleb razowy (pain noir), et un paquet de rodzinki (raisins).
00:24 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nourriture
28.08.2009
Pologne - 28 septembre 2008
05:20 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mondialisation, fruits, échanges
26.08.2009
Pologne - 27 septembre 2008
Il y avait au centre de Varsovie, devant je ne sais quel bâtiment à l’air officiel, un immense palmier en plastique, sorte de défi lancé par la ville à la grisaille hivernale. J’ai vu dans au moins deux gares de Russie centrale, avant de passer l’Oural, des palmiers – sans doute vrais – dans des bâtiments en verre, signe que l’hiver peut être surmonté par la technique, et que, si les palmiers survivent, on peut habiter joyeusement ces régions.
Entre le plastique extérieur et la vraie plante en serre, peut-être, existe un écart qui pourrait, par analogie, faire sentir l’écart entre russes et polonais. Frivolité du factice, authentique sérieux.
04:57 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : artificiel, sérieux, chaleur, symbole


