29.10.2009

Japon - 22 octobre 08

Première expérience aujourd'hui des fameuses toilettes japonaises, à Temple University. Sur le côté du siège, un bouton bleu « spray », portant un étrange symbole, sorte d'oméga surmontant un y grec en pointillés. J'appuie, j'entends un bruit, puis je sens un jet qui me touche les fesses – je me lève, surpris, l'eau jaillit contre la porte, embarrassé, je me rassois, je comprends la fonction de la chose, et trouve ça plutôt pratique.

J'ai fait mes deux interventions sur Aristote et le livre de Lo Piparo. Dans le cadre des classes de Claire. Petite salle, deux fois douze étudiants. Mélange de japonais et d'américains ; peu de questions. J'ai compris que j'aimais peu les étudiants. Leur passivité béate, leurs questions sans pertinence, et leurs yeux fatigués. Mais encore moins les professeurs, avec leurs manies, leurs bonnes intentions, leurs frustrations. Cependant, Claire a bien fait les choses, on m'a payé, 20.000 yens dans une enveloppe en papier.

Marche ensuite, vers Roppongi Hills. Le quartier de Temple – où sont les ambassades occidentales – était ennuyeux. Bizarrement, malgré la pression foncière, beaucoup de petites maisons, pas plus d'un étage, dans des allées calmes. Impression terriblement banlieusarde, inquiétante, épouvantablement, dans une mégalopole de trente millions d'habitants. Pourquoi ne pas vivre en appartement ? Roppongi Hills est à peine plus rassurant. Lieux publics propres, immeubles neufs, statue d'araignée géante, musée d'art moderne et festival international de cinéma. Beaucoup d'occidentaux – presque exclusivement des petits blancs sur les toboggans du jardin d'enfants près de l'Eglise luthérienne – japonais stylés aux visages parisiens. Visages tendus, qui veulent dire, « je suis complexe », et que je décode en « j'abrite une totale perversion. Tu veux partager ma folie ? Je suis à la fois jeune et vieux, femme enfant, doux et cruel, je suis prêt à mourir ou à tuer pour toi, viens ! » Ces gens me repoussent, comme les parisiens.

Les occidentaux qui viennent ici semblent contaminés. Dans la classe, avant le début du cors, un américain blond surlooké s'arrangeait le bonnet dans l'écran de la télévision sur le côté. Tout à l'heure, une vieille femme dans la rue promenait sans humour un caniche à toupet. Nous avons suivi jusqu'au métro cette blonde aux cuisses exhibées sous la jupe d'écolière trop courte, et le visage vide. Une américaine, grosse et laide, arborait ses dentelles et son chapeau dans l'ascenseur de l'université.

Conférence à Temple sur la crise économique. Panel de quatre membres : un médiateur français, deux américains, un japonais. Le japonais, calme et souriant, pose des faits, parle de long terme, et trace des parallèles historiques ; dans un anglais légèrement hésitant. Les américains, d'un ton plein de certitudes, parlent trop, sans donner de faits, parlant uniquement de court terme, et reposant sans cesse la question. Ces deux américains sont en tous cas d'accord, contre le japonais, pour juger que les conséquences de la crise économique seront majeures et négatives.

Mais qu'entendent-ils par « négatives » ? Le japonais, l'air tout excité, parle de sa « mission », convaincre l'auditoire que la crise actuelle n'est pas la même que celle à laquelle s'est vu confronté le Japon dans les années 90. Il parle avec enthousiasme, il agite les bras, cligne des yeux, regarde, à droite, à gauche, dévisage. Et semble se dire, « dans une seconde, là, tout va s'effondrer, ça va venir. » Il n'attend que ça.

En entendant parler l'américain, parlant des risques financiers que la mathématisation des finances et les complexes assurances mises en place avaient semblé faire disparaître, et, pendant ce temps, la figure sceptique au sourire pervers du japonais, je pense aux tremblements de terre, donc Claire a dit hier qu'elle commençait à les craindre. A Tokyo, tout peut s'écrouler d'une minute à l'autre, entraîné par le mouvement des plaques souterraines. On doit bien rire, au Japon, quand on entend parler d'éliminer les risques.

 

Costume et désir : homme d'affaire, écolière, lolita gothique, femme en kimono, geisha. Face à moi, dans le métro, jeune fée qui s'arrange les cheveux. D'abord, je la trouve très attirante. Plus je l'observe, et plus elle devient laide. Mais cette laideur, étonnamment, ne la rend pas moins désirable. Elle semble, au contraire, par cette absence de beauté réelle, plus accessible et plus susceptible d'offrir son corps. Au bain, dénudés, ces corps perdent-ils leurs masques ? Et sont-ils plus, ou moins désirables ?

29.07.2009

Thailande - 20 septembre 2008

Philip dit, en voyant la tour Siemens, à St Denis : « This is the first tower I saw when I came to Paris. I remember thinking, this looks like Bangkok. »

14.05.2009

Australie - 28 juin 2008

Sentiment que les australiens sont plus globalement urbains que les français. Parce qu’ils vivent presque tous en ville, mais aussi parcequ’ils ne viennent pas du village.

J’avais un jour décrit l’Australie comme la banlieue du monde. Ce n’est sans doute pas tout à fait faux, car on y trouve bien ce mélange de cultures, de peuples, d’architectures, qu’on trouve dans les banlieues. Mais il faut aussi considérer l’autre versant de la chose : la banlieue n’est pas la campagne. Elle n’est pas habitée par des autochtones. On y respire mieux qu’au centre-ville, mais le centre n’est pas très loin.

L’Australie n’est pas une province, car on y trouve les descendants de quatre sociétés-monde : Angleterre, Chine, Grèce, Italie. Les australiens considèrent quatre centres : Athènes, Rome, Londres (ou New York) et Shanghai (ou Pékin). La France n’a pas construit de tel empire mondial, n’ayant pas eu de diaspora.

La francophonie n’est pas un commonwealth.

03.05.2009

Australie - 7 juin 2008

L’Australie, banlieue du monde, ai-je écrit dans un de mes carnets, quand j’allais retrouver Hannah à Port Adélaide, à travers les pavillons sans fin des banlieues nord-ouest. Et oui, les villes de ce pays sont des banlieues successives, sans fin, sans point central. C’est peut-être ce qui les sauve, leur donne un caractère propre. A Paris, la banlieue, c’est du non-Paris, comme la province d’ailleurs : la capitale est un énorme aimant, qui attire en elle tous les talents, les ambitions, les amours. Avec pour corollaire l’appauvrissement du reste, et l’orientation générale de tout le pays vers la capitale. En Australie, rien de tel, aucun chemin ne passe même pas Canberra, les banlieusards ne rêvent pas d’habiter le CBD, la vie peut se développer – richement, hors des centres, qui n’absorbent pas tout.