23.12.2009
Japon - 12 novembre 2008
Minh ajoute qu'elle adore la nourriture japonaise, et qu'elle insiste toujours pour que les dîners ou les déjeuners professionnels se fassent au sushi bar. Il semblerait donc qu'ici comme en Pologne, en Chine, en Russie, comme en Californie, cet aspect du Japon soit apprécié par les jeunes riches dynamiques et beaux. J'en parle à Viet, qui résiste à mon analyse, et dit : « Sushi bars are not very chic. It's not a place you go to be seen. I've been there, it's normal. »
01:49 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : imitation, influence, costume, jeux videos, nourriture, snobisme.
03.12.2009
France - 4 novembre 2008
23:25 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : costume, langue, colonialisme, café, tourisme
28.11.2009
Chine - 2 novembre 2008
Au Musée provincial du Guangxi, la Chine impérialistico-communiste célèbre ses minorités ethniques. Un jardin des nationalités présente, outre une énorme cloche en bronze Dong, une série de bâtiments correspondant au style de construction des Miao, des Yao et des Dongs. Kitsch régional, ou multiculturalisme interne ? Un homme fait des exercices de marche à l’intérieur d’une tour à tambour Dong, reproduisant exactement les mouvements de la femme que j’avais vu s’exercer dans un parc à Hong Kong. Trois jeunes femmes assises au milieu du pavillon sur des bancs en bois discutent et fouillent dans leurs sacs en plastique.
Les nationalités sont présentées surtout pour leurs costumes (en vente dans les magasins souterrains près de la gare) et leurs festivités. On fait l’éloge du grenier Yao – je lis sur le panneau « although the granary is away from the house, no one steals the grain, beacuse the Yao people are honest. » - mais on ne présente pas ni les structures sociales ou hiérarchiques, ni, moins encore, leur histoire ou celle de leur intégration dans l’Empire chinois, sans parler des résistances éventuelles. Est-ce une attente légitime ? Comment les choses sont-elles présentées en Europe ? On translittère le nom des rues d’une façon qui correspond au dialecte local, c’est déjà quelque chose. Et puis l’architecture traditionnelle est prétexte à construction dans le jardin – gratuit – du musée : des restaurants et salons de thé permettent au visiteur de s’y reposer ; des hommes pêchent dans le lac artificiel, abrités sous de grands parasols, la scène est calme et paisible. Plus loin, devant la réplique d’une maison villageoise Zuang tout en bois, deux citadines assises vendent des souvenirs ethniques – porte-bonheurs, poupées, chaussons et bourses en tissu brodé ; je ne les trouve guère différentes de ce qu’on trouve sur les marchés de Shanghai ou Beijing.
Au premier étage, exposition de poteries – sans doute exhumées par les archéologues locaux. Tout un mur est couvert de reproductions photographiques agrandies, dont une femme en pull-over rose prend une photo, téléphone portable braqué vers le mur, tandis qu’une femme de ménage en chemise bleue passe et repasse un large balai sur les carreaux du sol. Je retrouve la femme en rose dans la salle à côté – près de fragments d’assiette : elle a toujours le téléphone à la main, je pense qu’elle doit envoyer un message, ou peut-être la photo du pot vert agrandi, reproduit sur le mur. Puis je traverse une salle de calligraphies pour tomber sur deux hommes, les fesses en arrière, penchés sur une lame de bronze. Je m’arrête un moment devant la statue d’un cheval rieur, bouche ouverte, ensuite une photo montrant un chantier de fouilles, et deux hommes en costume qui pointent avec la main droite un morceau de bronze verdâtre au sol ; une laveuse, deux poules, deux vaches et deux chiens – les animaux symétriquement arrangés deux par deux ; les deux hommes, toujours les fesses en arrière, sont fascinés maintenant par une série de petits crochets noirs et dorés ; une femme en gilet vert, une garde, assise à côté d’un rideau jaune, tape un numéro sur son téléphone portable, et parle à je ne sais qui, quelque part. Un vieil homme sourit, deux autres gardes en vestes mauve et lilas m’ignorent, je vois deux chèvres assises en terre cuite et deux vaches, une blanche, une noire ; modèles de maisons, pots, vases, prélude médiéval à l’abondance de produits que la Chine manufacture aujourd’hui.
Je décide que j’ai passé suffisamment de temps dans ce musée provincial, et je vais m’installer au « Provence Lounge », gauche de l’entrée principale, en attendant Philip, heureux de connaître mieux la Chine et, demain, de partir au Vietnam. (Philip m’attendait sur un fauteuil à l’entrée du musée, je n’irai donc jamais prendre un verre au Provence Lounge). Dernière promenade autour du musée. Même impression qu’à Santo Domingo : bâtiments clinquants et shopping malls cohabitent avec les marchés traditionnels (on tranche le cou des canards en direct) ; restaurants et bars prétentieux, panneaux en anglais mal traduits (‘life lounge’). Franchises partout, KFC, Mac Donald’s ; on joue James Bond au cinéma local. Bref, une impression de déprime tropicale aggravée par la langueur des habitants, jointe à l’aliénation culturelle d’une province périphérique et frontalière, dont la capitale souffre d’une effrayante planification.
Pourtant, depuis le bus n°6 qui nous ramène chez Rachel, dans son immeuble à peine fini, devant le parc en construction, sur Mingzu Dadao, j’aperçois des lanternes rouges en devanture d’un magasin, sur une allée sombre qui s’enfonce depuis la rue principale, et je me dis, peut-être y a-t-il quelque chose, là-derrière, d’intéressant, peut-être est-ce qu’il vaudrait la peine de revenir à Nanning, et d’explorer cette allée. Peut-être est-ce moi qui projette un fantasme de Chine sur cette métropole obscure, ou peut-être est-ce un effet secondaire du voyage, que de s’attacher ainsi trop facilement aux lieux ? Si l’homme qui lit par-dessus mon épaule arrivait à déchiffrer mon français, qu’en penserait-il ?
23:03 Publié dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musée, kitsch, minorités, impérialisme, costume, sport, histoire, souvenirs, artifice, photographie
22.11.2009
Japon - 30 octobre 2008
Comme à Tokyo, tous les endroits passants de Hong Kong ont des distributeurs automatiques – il y en avait même sur le chemin reliant Hung Shin Yeh beach et Yung Shue Wan. On y vend même, comme à Tokyo, du pocari sweat et du Calpis. Comme à Tokyo, la ville est pleine de salons et d'instituts de beauté, promettant nouvelle jeunesse et plein d'énergie. Mais tandis que les japonais, sur leurs prospectus, montraient d'étranges images d'électrodes et de pinceaux lumineux posés sur des visages féminins étrangement souriants, j'ai vu sur les prospectus de Hong Kong des images plus habituelles de pieds flottant au milieu de pétales et de mains caressant un dos nu. Le corps se dérègle et doit être remis en place dans les deux pays, mais au Japon, c'est le rôle d'un appareillage technologique, tandis qu'en Chine, on le fait à la main, dans un décor de fleurs et de bambous. De même, ici, le rôle du costume est limité. Petites filles en robes de princesses, ou costumes de sorcières pour halloween ; mais les vêtements qu'on voit dans la rue ont pour fonction surtout de couvrir le corps sans l'étouffer.
06:41 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : commerce, distributeur, boissons, nature, salon de beauté, technologie, costume
15.11.2009
Japon – 28 octobre 08
Sloterdijk associait perversion et collection. Je retrouve, dans la salle d'attente avant l'embarquement des ferrys pour central, les machines que nous avions vues dans un recoin d'Akihabara, où pour 100 à 200 yens (ici 10 ou 20 $) on achète un oeuf en plastique avec un personnage, une voiture, un porte-clef, etc. Selon les petites affiches, chaque machine compte au moins cinq ou six oeufs différents. Je compte 94 machines dans la salle d'attente.
Elles sont importées du Japon – le prix en yens est indiqué directement sur le plastique d'origine, et l'indication locale 2x5 $ ajoutée sur un autocollant. Der-Yang nous parlait hier de cette manie japonaise pour la collection. D'après lui, des hommes de trente ans continuent d'accumuler les petits robots en plastique. Avec les bizarres perversions sexuelles, c'est l'autre trait connu des japonais. Der-Yang nous a raconté celui-ci, bien sûr, la source est l'amie d'un ami : cet homme qui revêtait une femme d'un costume de power ranger, et la pénétrait par une ouverture dans le costume, sans ôter le masque.
06:08 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : perversion, collection, figurines, costume, pop culture
09.11.2009
Japon - 25 octobre 2008
Dans le métro de Tokyo, les femmes enceintes – auxquelles il faut céder un siège par courtoisie – sont représentées avec trois petits traits qui sortent de leur ventre arrondi. Ce rayonnement correspond-il au pouvoir mystique de l'engendrement ? S'agit-il d'une étrange coutume shinto ? Faut-il mettre en rapport ces traits magiques sur le symbole de la femme enceinte, et les liquides féminins des mangas pornos ?
Peut-être y a-t-il ici du corps une ontologie différence. On l'imagine peut-être moins comme chair-solide, irrémédiable, et susceptible d'être marqué – que comme un sac de fluides, mobile, apte à la métamorphose. On pourrait comprendre ainsi les fluides féminins des mangas, mais aussi le goût du costume et du maquillage : il s'agit de donner une forme au corps mobile, une forme en résonnance avec le désir de l'autre, et non pas de se montrer tel qu'on est. Car il n'y a pas de chair, dissimulée mais authentique, qui soit objet potentiel du désir.
Est-ce qu'il faut, pour aller plus loin, mettre en rapport le fétichisme généralisé, l'emprise des sous-cultures chez les adolescents, la variété des costumes (punk, hommes d'affaire, kimono traditionnel), et les petites figurines en plastique, en vente à Shinjuku, Akihabara, qui représentent robots, power rangers, biomans ou jeunes filles décolletées, et dont, sans aucun doute, il y a nombre de collectionneurs ? Ou, parce que petit, je regardais les programmes japonais des émissions pour enfant, et je jouais à des jeux vidéos fabriqués au Japon, je projette rétrospectivement, méprenant les signes pour la structure, ma passion collectionneuse infantile sur la psyché national. Et même, cette perversion dont je parle, et que j'analyse comme superposition de l'adulte et de l'enfantin – comme désir polymorphe aussi – n'est-ce pas ma propre perversion d'enfant qui reparaît à la vue de toutes ces images si dominantes à l'époque ? Et cette superposition des âges, n'est-ce pas moi qui, maintenant adulte, éprouve à la fois dans cette ville une confusion dérangée d'émotions prépubères ?
Le kabuki, serait-on tenté de dire avec un oeil occidental, est hyper-conventionnel, hyper-artificiel, et ne vise en rien la représentation naturelle : mouvements hiératiques, maquillages opaques, intonations artificielles, et même le fait qu'au chanteur-narrateur est délégué partie du rôle explicatif. Pourtant, les personnages que je vois sur scène, en face de moi, ne sont qu'à peine exagérés par rapport à certains que j'ai croisé dans Tokyo. Hiératisme et costume, expressions figées : c'est une peinture, en somme, assez fidèle de l'éthos japonais.
Notamment – c'est le plus étonnant – raideur et rigueur, sur scène ou dans la rue, n'entraînent pas le rire. On n'y voit pas du mécanique plaqué sur du vivant. Les geignements des pantins qui s'agitent en kimono sur la scène du kabuki ne sont pas grotesques ; ils reflètent une sorte de tragique, ou de douleur au moins, que partage le public. Ils génèrent de l'émotion, car ce sont des humains dont la souffrance personnelle est ignorée par les codes stricts qui déterminent leurs gestes et leurs intonations. Le but n'est pas, en les représentant, de les mettre en lumière, et d'établir ainsi, pour le public, un jeu, la possibilité d'une distance, et d'une prise en main, des possibilités d'action. Mais une émotion plus esthétique, une communion triste avec la douleur qu'éprouvent les victimes du drame, et le sentiment désespéré d'une impuissance mélancolique face aux codes, aux puissances, aux cycles naturels, aux transformations du monde. Et ne demeure que cet hiératique figement, ce pantin maquillé, qui danse et qui chante face à la mort, au lieu de s'enfuir, ou de confesser ses crimes.
Ce n'est pas l'aria, mais la pose qu'on applaudit au Kabuki. Sur ma droite, un jeune japonais crie de temps en temps vers la scène. J'en demande à Claire la raison, pendant l'entracte. Elle explique : c'est le nom de l'acteur, parfois, mais généralement, c'est le nom d'une pose traditionnelle, lorsqu'elle est particulièrement bien exécutée. Ce n'est donc pas un art du mouvement, mais de l'arrêt. Car spontanément, le corps est mobile, et que l'art supérieur consiste à savoir l'arrêter, le figer conformément aux codes.
On ne penserait donc pas, au Japon, le corps comme une masse inerte et que l'esprit, puissance dynamique, met en mouvement, puis qui se pétrifie dans la mort. Le corps est plutôt quelque chose comme un sac de fluides et d'organes hétérogènes, auxquels, au mieux, pendant la vie, l'esprit donne forme, en contrôlant leurs mouvements désordonnés, en les masquant, en régulant leur modalité d'action. Corps que, pour interagir avec d'autres corps, on revêt d'un costume et d'un masque, afin d'en contenir les errements impulsifs et le chaos.
Parce que l'air est pollué, peut-être, ou parce qu'il y a de mauvais acariens dans le futon, dans les oreillers, dans le tatami, parce qu'on dort par terre et qu'il y a des poussières, ou que les murs sont en papier, je me réveille tous les matins la gorge et le nez chargés. Je râcle en grognant, j'incline la tête, et j'expectore ou mouche une grosse quantité de mucus jaune-vert et gluant, que je crache dans un mouchoir. Liquides corporels – il est tabou, paraît-il, de se moucher dans la rue.
La cuisine est elle-même en rapport avec cette esthétique et cette ontologie du fluide. Pas seulement parce que le poisson remplace la viande, ou qu'on aime le gluant – les boules de mochi, les pâtes de blé collantes, ou même le riz ; mais aussi parce que les cuisiniers, lorsqu'on les aperçoit depuis les sièges des restaurants, sont plongés dans les vapeurs, et que les soupes jouent un rôle fondamental, qu'on se nourrit de liquides. (Et pourtant, le Japon, c'est aussi les biscuits secs et les bizarres chips aux légumes ou crevettes séchées, vendues sous plastique avec un sachet de silicate, afin d'absorber l'humidité.)
05:54 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corps, inertie, liquide, fluides, gluant, forme, engendrement, femme, costume, métamorphose
06.11.2009
Japon - 24 octobre 2008
Dans le quartier chaud, près de Shinjuku, dans la vitrine de Pearl Pink II, costumes érotiques. Les habituels culottes et soutiens gorges à dentelles, mais aussi, plus étonnant, costume de sorcière, manteau noir et chapeau pointu, profondément décolleté. Tout à l'heure, dans une librairie sur huit étages, nous avons feuilleté les mangas. Nombre infini de petits livres érotiques. Bizarrement, les corps féminins – seins surdéveloppés, yeux d'anges, et costumes aguichants – semblent produire toutes sortes de liquides, entre les cuisses ou depuis les seins. De sorte que leurs contacts avec les hommes se font dans un monde de slime. Encore plus dérangeant, les DVDs érotiques, au deuxième étage, où la petite section « zhongxue » montre des adolescentes – 13 ou 14 ans – l'air jeune et perdu, qui prennent des poses aguichantes en culottes ou maillots de bain.
Après avoir couru derrière une sorte de pompe à muscles avec boucle d'oreille et cheveux longs dans Kabuki-Chou, nous nous installons dans le café Muji, deuxième sous-sol de la boutique mère, sur Yasukumi-dori. Chandeliers en verres à pied retournés, tables et sols en bois clair, violons qui râpent un peu, lumières douces et plafonds hauts. Philip me montre une serviette en papier crème, et pose dessus le touilleur blanc. « I love the muji palette », répète-t-il, reprenant l'expression de Qiu Yi ; puis nous parlons chaises et mobilier jusqu'à l'arrivée de nos soy-lattes.
Bizarrement, parce que nous sommes venus voir Claire plus que Tokyo, nous nous somes retrouvés dans un univers d'expatriés et d'universitaires. Hier, Keio, français et francophiles. Aujourd'hui, poetry reading à Temple, branche japonaise d'une institution dont le campus est à Philadelphie. Quatrième étage, bibliothèque, vingt personnes assises en carré dans le fond. Quelqu'un lit des poèmes sur la mort de sa belle-mère et joue du banjo, vieil homme avec une verrue sur l'oeil. Puis il fait une pause, on se lève, on attrape une tasse de café, des gâteaux, et le vieil homme reprend sa lecture, évoquant son enfance en Californie. Je ne sais pas vraiment quand débute le poème, ou quand il finit, car il n'y a ni rimes, ni mètre clairement perceptible. Avant ce numéro, plus dramatique, une quarantenaire blonde lisait un long texte à propos d'une américaine expatriée dont le fils, à l'école, était le bouc émissaire des petits japonais. Debout derrière une table, elle déclamait avec sérieux son oeuvre, alors que dans l'auditoire, trois japonaises clignaient frénétiquement des yeux.
Je bois une tasse de café – contrairement à mon habitude, après 19h. Il est très mauvais, trop fort, goût de brûlé, trop acide. A Tokyo, tout le monde a l'air d'en boire : on en trouve, avec ou sans lait, dans tous les distributeurs automatiques, en canette. Et dans les supermarchés, certaines canettes sont au chaud, sous verre, dans des vitrines spéciales – on se brûle à peine en les buvant. Est-ce l'excès de caféine qui rend les gens si tendus ? Le vieil homme, à présent, lit un poème sur la mort de son frère, intitulé « suicide doors ».
04:59 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : costume, érotisme, manga, porno, pédophilie, muji, élégance, consumérisme, expats, kitsch, poésie, café.


