31.12.2009

Thaïlande - 14 novembre 2008

Par l’architecture, les corps, les odeurs, les goûts et l’art de la danse, le Cambodge est, jugeons nous avec Philip, infiniment plus proche de la Thaïlande que du Vietnam. Etonnant, car il partage plutôt l’histoire récente de l’Indochine, colonie française, guerre, bombardements américains, tragédies communistes. Et pourtant, le style des toits, les temples et les moines en robe orange, les rires qui cachent l’embarras, les sourires charmeurs, tout cela témoigne d’une civilité différente, qui n’est pas affectée par ce passé plus proche. Ou peut-être ai-je mal compris l’histoire, et le Cambodge n’a d’aucune façon connu de tragédies similaires au Vietnam, et l’histoire des deux pays, bien que frontaliers, n’est aucunement la même.

29.12.2009

Vietnam - 14 novembre 2008

Images paisibles de la vie paysanne, à quelques kilomètres de Moc Bai : buffles baignant dans les rizières inondées, sur lesquels se perchent les aigrettes blanches, et paysans flottant sur l’eau dans leurs longues barques plates. Puis nous passons la frontière à Moc Bai, dans la même confusion qu’à l’arrivée, laissant derrière nous les gardes désagréables et leurs regards méchants.

28.12.2009

Belarus - 14 novembre 2008

Les produits ne circulent pas librement, mais sont taxés. Des écarts d’imposition viennent la plupart des profits générés par l’import-export, la contrebande, etc. Corollaire, à petite échelle, tous les postes frontières ont une série de magasins proposant détaxes et autres duty free. Généralement, d’alcool et de cigarettes, mais, côté vietnamien de la frontière avec le Cambodge, « save-a-lot hypermarket » propose aussi des produits alimentaires.

26.12.2009

Belarus - 13 novembre 2008

La religion peut-elle remplacer l’appartenance nationale ? Nous visitons le siège du culte Cao Dai, au nord de Saïgon, près de la frontière cambodgienne. C’est sans doute une des régions les plus confuses d’Asie : s’y mêlent des influences chinoises, indiennes, khmères, et, plus tardivement, françaises puis américaines. De même, religieusement, c’est une terre hindoue, bouddhiste, confucianiste et chrétienne, tout cela sur un vieux substrat d’animisme local. Or la secte mêle toutes ces influences, les superpose, et s’offre comme un nouvel universel de tolérance et de paix. Cela s’accompagne d’une redéfinition territoriale : c’est ici que la révélation Cao Dai a pris place, et l’édifice en stuc de couleur kitsch au milieu du parc d’attraction caodaïste est, selon la même logique, un nouveau centre du monde, à l’égal de Rome, La Mecque ou Jérusalem.

01.12.2009

Belarus - 3 novembre 2008

Rituel amusant de passage de frontière entre la Chine et le Vietnam : une passe aménagée dans la montagne, une grande porte, une plus petite porte, et deux bâtiments successifs où nous faisons les contrôles habituels. Une sorte de voiture de golf nous transporte de l’un à l’autre, entre temps, l’architecture change – style carré-communiste en Chine, néo-colonial au Vietnam – mais le paysage karstique reste le même. Je crois cependant qu’on a franchi la ligne de crête, et que la pluie qui tombe ici se déversera, par la rivière rouge, dans la baie d’Halong.

25.11.2009

Belarus - 31 octobre 2008

Après tous ces espaces transitoires, tous ces couloirs de gares et d’aéroports hors-sol, nous quittons Hong-Kong, au contraire, depuis la station de bus CTS, en pleine rue, derrière la station de MTR Wan Chai, à côté d’un MacDonald’s et de bureaux de change, et d’une échoppe à bubble tea. Nous sommes arrivés, comme nous l’avait demandé la préposée CTS à qui nous avions acheté les billets, trente minutes en avance, et nous attendons, sur la rue, dans une encadrure de porte, alors que sur le trottoir passent des milliers et des milliers de personnes en continu. Quelqu’un nous donne tout de même une fiche d’arrivée sur le territoire chinois – nous avions rempli la précédente à Manzhouli, dans le transsibérien. Je suppose qu’à Shenzhen, il y aura quelque rituel marquant le passage. La page de notre passeport qui fait face au visa chinois déborde de tampons. Je ne sais pas s’ils auront la place d’y mettre et ceux de sortie, et ceux d’entrée tout à l’heure. Est-ce que ce peut-être une raison de refuser l’entrée sur le territoire chinois ? Sans doute la foule, et la chaleur, et la légère grippe, et les sonorités du cantonais, je suis légèrement anxieux : si nous restions, pour toujours, coincés sur cette île ?

Le bus arrive avec vingt minutes de retard, ce qui ne calme guère mon angoisse – quoique la femme aux tickets soit là, devant nous sur la rue, son carnet de billets dans la main, communiquant avec je ne sais quel central téléphonique à l’oreillette. A la frontière, étrange rituel : nous nous arrêtons d’abord, côté Hong-Kong. Le bus déverse les passagers dans un bâtiment gris, on nous fait mettre en file, et file par file, on reçoit le tampon de sortie. Puis de l’autre côté, nous cherchons notre bus – déplacé de cent mètres, il nous attend. Nos places ont été prises, on s’installe au fond, vient une famille qui devait être assise là, qui parle et nous jette des regards désagréables.

Après avoir passé la frontière chinoise, à Shenzhen, on se retrouve face à toute une série de bus alignés. Nous demandons « Nanning ? » Les femmes en costume nous dirigent pus loin ; nous ne comprenons pas ce qu’elles disent. Entre temps, nous avons fait connaissance avec Chris, un américain qui vit à Nanning et voyage avec nous. Nous profitons de la confusion pour aller aux toilettes, à la sortie, Philip nous montre un mini-bus qui part, un chinois lui aurait expliqué que le bus pour Nanning est ailleurs, qu’il faut aller le rejoindre en minibus. Je fais confirmer la chose en chinois, suspicieux, nous revenons au point de départ ! Une chinoise qui se rend à Nanning aussi nous rejoint, quelqu’un nous confirme en anglais qu’il faut prendre un minibus, ce que nous faisons. Puis nous trouvons le bus qui nous avait attendu, nous nous allongeons, nous nous étalons sur quelques lits vides, et l’on nous distribue petite bouteille d’eau d’abord, suivie d’une canette de congee, sur l’étiquette rouge de laquelle, une femme nous sourit.

10.11.2009

Belarus - 26 octobre 2008

Les voyages en avion sont tout de même bizarres, plus bizarres que les voyages en train, car on s’y trouve longtemps, dans les zones duty-free, dans les patios qui précèdent l’immigration, quelque part entre deux pays, juridiquement hors-sol. Et je ne mentionne même pas l’air conditionné que, de la machine aux aéroports, on ne quitte pas. Même les trains, bus et métros qui relient l’aéroport à la ville sont des lieux étranges : officiellement, on est déjà quelque part, mais les passagers sont des voyageurs encore ; de toute la ville, ce doivent être les espaces les plus multiculturels ; et ce n’est qu’à la station d’arrivée que tout ce peuple en transit, international, se disperse et se mêle aux citoyens du lieu.

08.11.2009

Russie - 25 octobre 2008

Il est effrayant, ce russe, dit Claire en montrant un homme gigantesque, un géant musclé qui s’enfance, avec une blonde, à côte de nous, près de Ginza, dans un théâtre de kabuki. Je pense alors que, par la mer, les deux pays sont frontaliers, et qu’ils ont même, aux Kouriles, un conflit territorial non réglé.

21.10.2009

Belarus - 19 octobre 2008

Conséquences des frontières étatiques : développements urbains que n’explique pas strictement la géographie physique. On observe à Shenzhen, dernière ville chinoise avant Hong-Kong, le même phénomène qu’à Monaco : tours élevées, d’une grande richesse, et concentrées, puis, quelques kilomètres à peine plus loin, presque rien, des montagnes vierges. Ici, cependant, c’est la zone isolée – les territoires de Hong-Kong – qui sont verts, et les territoires chinois, de l’autre côté, Shenzhen, où se dressent les tours. Une rivière – peut-être un canal – sépare ces deux régions qui maintenant forment ou ne forment pas un même Etat. Nous sommes arrêtés, côté Hong-Kong, dans la gare terminus nord de la gare spéciale. Il reste, en théorie, cinquante minutes avant notre arrivée prévue à Kowloon. Sommes-nous en avance ? Et va-t-on devoir attendre ici, dans ces collines ? Dès le passage de la frontière, les langues semblent s’être libérées, et le train résonne à présent d’un babil constant. Je ne sais pas si c’est du cantonais ou du mandarin. De l’autre côté du quai, je vois, à l’arrêt, quelque chose comme un train de banlieue, ou un RER, aux portes coulissantes rouges. Ca y est, nous sommes ailleurs, bien qu’encore en Chine, et malgré les bananiers, je crois déceler comme quelque chose d’anglais dans la campagne.
Conséquence : une ville multiculturelle. Nous sommes allés prendre un café dans un endroit qui s’appelle « Portobello » à « Soho », avec Pearly, notre amie taïwanaise, rencontrée à Paris, où elle étudiait à Sciences Po. Sa copine, Clarisse, nous a rejoint. Clarisse est d’origine coréenne, a grandi puis à Hong-Kong, fait des études en Angleterre, et, ingénieur, a travaillé pour la construction du métro de Dubai. « She’s more British than I am », dit Philip, et cela tient non seulement à l’accent, l’humour, la façon d’écouter, mais aussi cette bizarre vie multiculturelle, et la façon dont elle apprécie les canons traditionnels de la beauté pour les asiatiques (peau blanche, figure arrondie), et nous parle de son ami aux yeux verts, originaire du nord de l’Irak, et toutes ses amies filles tombent amoureuses pour sa couleur de peau. J’ai croisé d’ailleurs beaucoup d’indiens dont deux ce matin sur la promenade qui, me voyant, se sont tapé le front du doigt, juste entre les sourcils, et m’ont dit « you’ve got a lucky face, you know why ? » Sans doute un moyen de mendier. Je ne saurai jamais le pourquoi.

20.10.2009

Belarus - 18 octobre 2008

Bizarre Bélarus, Etat sans guère d’existence indépendante, membre de la CEI, riche plus que son voisin, différent politiquement. Mais ce que je découvre de Hong Kong est plus déroutant. Nous sommes dans le train pour Kowloon, en gare de Shanghai, mais après l’immigration. Nous sommes officiellement sortis de Chine. Longue queue confuse au dehors, panneaux plus confus encore dans la gare (une flèche indiquant la waiting room n°9 pour Kowloon et dans cet espace, un petit panneau signalant que les passagers du T 99 pour Kowloon devaient sortir du bâtiment puis rentrer sur leur droite à l’immigration ; Ming n’a pas vu le panneau que j’ai pourtant pointé plusieurs fois du doigt.) Puis après le contrôle des sacs aux rayons X, la fiche de sortie du territoire remplie et le tampon posé sur le passeport, nous avons découvert un panneau fléché disant « exit the country this way. » Nous sommes entrés depuis la Russie par cette absurde énorme porte au milieu des steppes. Nous sortons par cette autre porte étrange, au bout d’un couloir : une femme derrière un comptoir a récupéré le rectangle en plastique marqué de caractères chinois que nous avait donné l’employé de l’immigration. Puis nous avons débouché sur le quai, face au train, dans une zone qui n’est pas la Chine, tout en étant la Chine.

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