10.07.2009

Thailande - 6 septembre 2008

Allusions, dans le livre de Bizot sur le Cambodge, à la Thaïlande, comme lieu du refuge. Et de fait, de nombreux réfugiés cambodgiens, vietnamiens, laotiens, birmans, chinois aussi, sans doute, ont dû s’y réfugier. Pays stable, et vaguement favorable aux puissants (japonais, américains), j’y vois, à tort peut-être, une sorte de Suède asiatique.

 

01.07.2009

Malaisie - 2 septembre 2008

Pour passer de Thaïlande en Malaisie, nous devrons interrompre le voyage en train. La ligne passe par Hat Yai, au sud, mais des guérillas locales rendent la ville assez dangereuse. On passera donc à l’ouest, par une île frontalière. Etrange que ces guérillas – dont le but est l’affirmation de l’identité musulmane, et, je crois, le rattachement à la Malaisie – nous empêchent de franchir la frontière qu’ils veulent déplacer.

23.06.2009

Vietnam - 28 août

Signification du Vietnam pour certains australiens : traumatisme, choc post-opérationnel – comment dit-on ? Je ne connais pas le terme exact, applicable aux soldats d’Irak.
Hier au pub, Angela et Philip évoquaient ainsi « Mr. Dennis », ex soldat, professeur d’histoire à Mount Barker qui, dès qu’il en avait l’occasion, parlait du Vietnam. Il en portait les traces : tâches, marques, cicatrices, sur les bras : « because of the gas, or the napalm, or the agent orange, or whatever that was. »
Plus tard, à la Tate Modern, je lis dans une salle d’artistes pop, à propos d’une explosion de Roy Lichtenstein : « this work can be seen as commenting on the Vietnam war. » Le Vietnam, donc, pour les artistes et les intellectuels occidentaux, représente cela – du moins dans années 60 aux années 80 : la violence gratuite, et les dangers de son éventuelle esthétisation ; voir Apocalypse now, et la terrible chevauchée des walkyries en hélicoptère, tandis que les villages et leurs habitants sont bombardés de napalm. Le Vietnam, donc, ou la beauté de l’horreur.

Japon - 28 août 2008

« Like grandpa didn't like the Japs. » Hier, au Red Lion, près de Westminster Abbey, Philip, Angela et moi parlions de nos grands-parents pendant la guerre. Je croyais que leur grand-père paternel était soldat professionel. Non, professeur. Mais pendant la guerre, il était en Papouasie-Nouvelle Guinée, dans la DCA, pour contrôler l'avancée des japonais. Je ne sais pas si, en Australie, ces conflits sont apaisés. Je crois qu'ailleurs – en Chine, en Russie – les japonais n'ont toujours pas très bonne presse.

21.06.2009

Pologne - 28 août 2008

Dans la salle des affiches communistes à la Tate Modern, on en voit une assez surprenante, datée de 1920, où un militaire gras, de dos, portant le mot « frantsia » (France) sur sa chemise, embrasse un cochon moustachu portant un chapeau où l’on voit écrit « Polcha » (Pologne). Une autre affiche de la même année montre une carte d’Europe où les territoires à l’ouest de l’URSS (Russie d’Europe, Belarus, Ukraine) sont couverts par un énorme garde rouge en manteau long. Devant lui, en Pologne, un diplomate tend un chapeau d’une main, le drapeau blanc de l’autre, tandis qu’entre ses jambes, un militaire tend des mains avides vers les territoires russes. De petits soldats se dirigent vers la Russie depuis la Pologne, représentée entourée de murailles, mais le garde rouge les écrase sous une énorme chaussure. Le texte en dessous de l’image, autant que je puisse l’interpréter, dénonce les manœuvres de la Pologne en direction des territoires russes ou soviétiques.

09.06.2009

Vietnam - 16 août

Minh Tran Huy, représentante en France de la vietnamité, ne parle pas je crois dans ses interviews ni dans son livre de la guerre, du communisme ou de la décolonisation, mais seulement d’un Vietnam culturel, religieux. Faut-il l’accuser de folkloriser son pays d’origine ? Outre qu’on est mal placé pour le faire, quoique la chose puisse être tentante – elle publie dans la foulée chez le même éditeur, Actes Sud, une série de contes vietnamiens – il faudrait plutôt comprendre pourquoi c’est cela qu’on reçoit, cela qu’elle veut écrire, aussi.
Parce que, petite, on l’appelait « chinetoque », et qu’en prépa, c’était l’asiatique. Elle représentait, plutôt que le Vietnam, pays spécifique avec son histoire, et les Etats-Unis, Rambo, la guerre, le napalm, une sorte d’ailleurs avec des nems et de subtiles règles de politesse, un mélange de sensualité, d’intelligence et d’hypocrisie. Bref, on pourrait tout aussi bien la féliciter de surfer sur les clichés.
Mais de façon plus générale, je crois qu’on fait maintenant du Vietnam cette destination touristique, Thaïlande alternative, avec marchés flottants et cocotiers, plages de sable blanc, pains de sucre – est-ce la baie d’Halong, ou Phu Ket ? Bref, un pays décor, un lieu de détente, bordel aussi, pour les français stressés qui ne veulent pas bronzer idiots, mais voir deux ou trois temples bouddhistes, en début d’après-midi, quand il faut trop chaud de toutes façons pour la plage.

06.06.2009

Vietnam - 10 août

Juan Bosch raconte dans Viaggi a Los Antipodes un long voyage au Vietnam entrepris pendant la guerre. On voyageait alors, dans les pays communistes, lorsqu’on était membre du Parti – comme il l’était en République Dominicaine.
Il apparente les deux pays : même climat, mêmes productions : riz, piña. Plages et cocotiers – Beautés, richesses naturelles. Mais le Vietnam est un vieux pays.
Détruit : Bosch décrit les cités bombardées, rasées. On n’y pense guère. Coventry, Dresden, Le Havre, il s’agit de cités européennes, et c’est une catastrophe pour l’humanité. Mais le bombardement des villes vietnamiennes, la perte de rues, de bâtiments familiers, c’est beaucoup plus difficile à concevoir. Le napalm et les enfants brûlés dans la forêt, c’est une chose à laquelle on peut compatir. Mais pas vraiment, beaucoup moins, la disparition d’une ville dont on ne saurait prononcer le nom. Juan Bosch s’efforce, à l’époque, de compatir.
Il décrit aussi les efforts de guerre, l’énergie mise à construire des abris et des galeries. Les pertes inutiles, aussi, ponts, routes et vies humaines. Pour la théorie des dominos, par peur que l’Asie tombe sous la coupe du communisme – on ne sait même pas précisément ce que cela signifie. Voici l’histoire, vue par un œil communiste.
Or on a l’habitude, en occident, beaucoup plus, de s’apitoyer sur les pauvres soldats américains, envoyés dans la jungle et vers l’horreur par un gouvernement anonyme. Incidemment, les massacres de vietnamiens sont condamnés. Mais on ne se place guère de leur point de vue. Colonialisme de la mémoire.

05.06.2009

Cambodge - 8 août 2008

Lu dans un article de Juan Bosch, daté de 1970, une autre version de la guerre au Cambodge et du renversement de Sihanouk. Le Cambodge était parfaitement neutre et, à ce titre, avait établi non seulement des relations avec les Vietnam du Nord et du Sud, mais avec le gouvernement indépendant communiste du Sud aussi bien. Les Etats-Unis, gênés par cet Etat-tampon qui coupait les communications militaires entre les bases de Thaïlande et de Saïgon, souhaitaient la polarisation – que le Cambodge ou soit administré par eux, qu’il s’ouvre à leur présence militaire, ou qu’il devienne officiellement allié de la Chine et du Vietnam communiste, afin qu’ils puissent lancer des bombardements massifs, et le conquérir. Mais Sihanouk restait neutre. On l’a donc accusé de faire parvenir des armes aux guérillas Viet Cong, et d’abriter des soldats chinois… dans des villes ouvertes à tous les regards, et parfois même, en construction.

23.04.2009

Japon - 27 avril 2008

On sait que le Japon fut un protagoniste important de la IIe Guerre Mondiale, aux côtés de l'Allemagne et de l'Italie. Mais alors qu'à l'Ouest, on a trouvé des dirigeants responsables, Hitler, Mussolini, les responsabilités japonaises sont diluées. Pas de figure historique à laquelle on pourrait s'attaquer.

09.04.2009

Malaisie - 29 mars 2008

Enfin, nous arriverons dans le monde islamique, en Malaisie. Plus précisément, nous y serons entré juste avant de passer la frontière, en traversant la pointe sud de la Thaïlande, où s’affrontent bouddhistes et musulmans, moines en jaune et femmes voilées.
Il y avait une route alternative à celle que nous allons suivre, au sud : Suisse, Autriche, Hongrie, Serbie, Bulgarie, Turquie, Irak, Iran, Pakistan, Inde, Bangladesh, Birmanie, puis la Thaïlande. Mais elle n’est pas praticable, hélas, en ce moment. Il y a d’abord la frontière irakienne, où nous ne passerions pas, puis de l’autre côté. Puis le train, qui s’arrête à Calcutta, dans le delta du Gange ; pour aller jusqu’à Rangoon, il faudrait prendre un bateau, peut-être un bus – mais de toutes façons, la Birmanie n’est pas ouverte à la circulation.
Ce voyage me fait prendre conscience, physiquement, de ce que signifient les zones de conflit : malgré la mondialisation, malgré le développement, tout n’est pas accessible. Et peut-être est-ce que nous devrons prendre un avion, de Bangkok à Kuala-Lumpur, si les rébellions s’intensifient.

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